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Bienvenue à vous lectrices et/ou lecteurs sur l'onglet "Petites histoires d'Allery". Pour Christian LEGUAY c'est une première. Mensuellement, nous ferons paraître ses envois. Nous aimerions avoir votre avis afin de l'améliorer, merci par avance Didier LERCH "Administrateur", utiliser l'onglet "contact" dans  "Votre MAIRIE et ses Services".

 

 

 N° 1 - PETITES HISTOIRES D'ALLERY. Mois de février 2018.

Légendes, histoires vraies, personnages incontournables, Allery n'en manque pas. Je vais essayer de partager avec vous tous les événements qui ont fait, et font encore aujourd'hui d'Allery un village pas tout à fait comme les autres. Son passé est riche, très riche même. Quelques personnes ont eu la bonne idée d'écrire, au fil du temps, dans des livres, dans les journaux tout ce qu'il s'y passait. Modestement je continue et complète leur travail. Je vous invite à découvrir ou à redécouvrir notre cher village. (Volontairement, j’éviterai de « relater » les récits chronologiquement).

Christian Leguay

ALLERY AU COURS DES SIECLES

 

Petit rappel sur l’origine du nom Allery.

Origine du nom Allery : Allery, village dont on parle en 1138, dans l’histoire ecclésiastique d’Abbeville s’appellera tout d’abord Hallery puis Alery (1138), Heleri (1206) à nouveau Halery (1215) Aleri (1222) Eleri (1227) Alleri (1284) Alleri-sous-Airaines (1372) Allerry (1710) Allercy (1763) Allery-le-Quayet (1854) puis définitivement Allery.

 

1701 à 1713. Antoine Delescole, le bien nommé puisqu’il était « Magister » écrit sur Allery. (Baptêmes, mariages, décès) mais aussi sur la vie quotidienne. Un compte-rendu de cette période remarquable et indispensable pour les curieux et les généalogistes. Pendant toutes ces années il a raconté la vie quotidienne des habitants, le temps qu’il faisait etc.

Remontons le temps :

30 décembre 1705, il fit un vent si fort qu’il fit tomber le clocher de l’église, endommagea les vitres et le toit ainsi que de nombreuses maisons.

21 mai 1706. Antoine Delescole note : A mon arrivée dans le lieu d’Allery d’un petit voyage, j’ai trouvé mes amis, en tournée à loups.

6 janvier 1709. Il a gelé si fort que cela a fait beaucoup de morts.

5 février 1709. Il gèle très fort depuis plusieurs jours. Mais le 5 février il fit une journée « furieuse » avec du vent et de la neige si effroyable qu’on n’avait pas vu cela depuis longtemps. La neige atteignait 10 pieds dans certains endroits.

Ce fut d’ailleurs en cette année 1709 qu’un hiver terrible sévit dans toute la Picardie

 

ANECDOTES : (relevées dans les journaux aux archives départementales de la Somme)

16 octobre 1823. Condamnation

Jean Joseph L. âgé de 52 ans, fabricant de toiles, né et demeurant à Allery est accusé de s’être rendu coupable de banqueroute frauduleuse, de détournement de matériel immobilier. Son pourvoi en cassation est rejeté le 12 février 1824.

Il est condamné à 5 ans de travaux forcés. Il est aussi condamné à être présenté pendant une heure sur la place du marché à Amiens, la tête dans un carcan avec un écriteau où sera noté en gros, son nom, profession, son domicile et la cause de sa condamnation.

18 mai 1842. Pour un lièvre !

Une pièce de terre de 21 ares vient d’être vendue à un particulier sur le territoire d’Allery, moyennant six lièvres de bon aloi. Nous serions curieux de savoir comment seront perçus les droits d’enregistrement pour l’acte de vente, et surtout à quel taux. Voici comment l’on a raconté le fait : 21 ares de très-mauvaise terre devaient être partagés entre sept. Ce partage ne pouvant s’opérer raisonnablement, les propriétaires prirent le parti de les mettre en vente, mais pour être vendus à la criée. Aucun amateur ne s’étant présenté, un des héritiers se prit à dire : Je donnerais bien ma part pour un lièvre, un autre tint le même langage, puis un troisième, etc. Enfin, l’un accepta les offres des six autres, et l’adjudication volontaire se fit ainsi.

6 avril 1919.

Dépêchez-vous ! Message d’un démobilisé d’Allery « Monsieur, j’ai été soldat pendant cinquante mois et je suis démobilisé. Je vous assure qu’ils commencent à nous agacer, ces messieurs du parlement ! Vont-ils bientôt nous la donner, cette prime de démobilisation, qu’ils ont mis tant de temps à voter ? Quand ils ont augmenté leur traitement, ils ont tout de suite touché l’augmentation. Alors pourquoi, nous qui en avons grand besoin, allons-nous attendre je ne sais combien de temps ? Est-ce qu’on va nous obliger à écrire un tas de paperasses et est-ce que nous devrons passer par 36 personnes pour obtenir notre dû »

   

LE SAVIEZ-VOUS ?

 

L’EGLISE

 

Si on ignore la date exacte de construction, on peut raisonnablement la situer dans la toute première moitié du 16ème  siècle grâce à la présence des armes du seigneur d’Allery Léon dit Lyonel du Hamel, époux de Françoise d’Occoche qui mourut avant 1544. Le nom d’un abbé (Farey) est gravé sur un tombeau en 1525.

L’église est construite  en blocs de craie du  pays sur un soubassement de grès et de silex, sauf celui de la travée sud de l’abside réparé en briques. Les tunnels découverts au niveau de la rue actuelle de « La Carrière » et du « Chemin Lelong » en seraient la preuve. L’église fut achevée en 1540.

Si au début du 18ème  siècle on parle de la paroisse du Saint Sauveur ; l’église d’Allery est dédiée depuis une date indéterminée à la Sainte Trinité.

En fait : l’église ne pouvait exister plus tôt car Allery n’occupait pas alors son emplacement actuel. Le bourg primitif se situait en effet derrière l’actuel « Pont-d’Hure ». Il fut totalement rasé par Charles le Téméraire cers 1470. Très choqué, les survivants décidèrent de rebâtir ailleurs un Allery tout neuf.

L’église d’Allery est un bâtiment remarquable dont les fonts baptismaux, les orgues, la mise au tombeau, sont classés aux monuments historiques. Nous y reviendrons…

 

GUERRE DE 1870-1871

 Il n’y eut qu’une seule victime Alléroise durant ce conflit, le dénommé Elisée Boulenger. Néanmoins Clément Allot (1823-1885) s’y illustra. Relevé dans le journal « Le Ralliement » le 5 mai 1885 : Capitaine des douanes, il fut un dévoué serviteur de la France. Sa belle conduite au commencement de la campagne et durant le siège de Strasbourg lui vaut la croix de la Légion d’honneur et les félicitations du chef d’état-major de l’armée du Rhin.

Alors que des combats sévères avaient lieu non loin d’Allery, la commune ne fut pas confrontée directement aux troupes ennemies, seul un régiment uhlans campa sur la place Belleville durant un mois. Par contre les réquisitions pour la nourriture des hommes et des chevaux furent importantes.

Des Allérois impliqués dans l’affaire de Longpré :

Suite aux combats du 28 décembre 1870, des prisonniers militaires et des habitants de Longpré sont enfermés dans la nuit du 29 décembre dans l’église d’Airaines, destinés à être emmenés le lendemain à la citadelle à Amiens. Voici le sort réservé à 6 curieux allérois et transcrit dans le livre « L’affaire de Longpré » (bibliothèque d’Abbeville) :« Leur nombre s’était accru en route de six compagnons du village d’Allery, ces gens là, malgré qu’ils fussent à plus de deux lieues de Longpré, n’avaient pu se retenir au premier bruit de la fusillade qu’ils avaient entendu dans l’après-midi. Pris d’une curiosité invincible, ils s’étaient mis en campagne, croyant d’abord que l’engagement avait lieu à une distance beaucoup plus rapprochée. Aussi les avait-on vus déboucher en nombre sur la place du marché d’Airaines vers deux heures, quinze ou vingt peut-être, criant, gesticulant et s’interpellant les uns les autres avec le ton et le s manières qui leurs sont particuliers. Un témoin oculaire nous racontait qu’à les voir rouler du haut du bourg dans la vallée, il avait été pris d’un fou rire qui n’avait fait que s’accroître par la chute de l’un d’entre eux, un grand déhanché, haut en jambes, et qui de sa voix criarde ralliait ses compagnons pour les lancer dans la bonne direction. Ils ne tardèrent pas, en courant vers Longpré, à se heurter aux vedettes prussiennes qui surveillaient la campagne, et comme on leur demandait ce qu’ils voulaient, ils eurent l’ingénieuse idée de répondre qu’ils faisaient la chasse aux alouettes. On leur intima l’ordre de déguerpir au plus vite, et la plupart se le tinrent pour dit. Mais ce n’était pas le compte des plus enragés, et toujours désireux de voir, ils firent un détour pour tromper la surveillance de l’ennemi. Ils ne réussirent qu’à se faire repincer, et on les enferma comme les autres dans l’église d’Airaines. Ils supportaient néanmoins héroïquement l’aventure, sachant bien qu’il ne pouvait leur arriver grand mal pour un simple excès de curiosité. » Pour la suite du récit voir à Longpré : l’enfermement dans l’église d’Airaines.

Pour résumer : leur curiosité et leur imprudence faillit les faire fusiller…rien que cela !

 

29 décembre 1870. Ouverture d’un chemin allant de la rue Turquet (début de la rue du 11 novembre aujourd’hui) à la rue de la carrière (c’est la rue Belleville aujourd’hui)

31 décembre 1879. Bureau des postes.

Par décision du ministre des postes et télégraphes, l’autorisation de la construction d’un bureau est autorisée à Allery

28 février 1880.Le nouveau bureau des postes créé à Allery sera mis en activité à partir du 1er mars prochain. Les communes de Wiry-au-Mont et Vergies seront rattachées à ce bureau.

 

N° 2 - PETITES HISTOIRES D'ALLERY. Mois de février 2018

 

LE SAVIEZ-VOUS ?

 

 LA MAIRIE.

Construite en même temps que les logements des enseignants et du groupe scolaire elle a subi une importante « retouche » au moment de son édification finale. On imagine que l’investissement était trop lourd pour la commune, aussi supprima t’on un étage. Dommage car l’aspect initial avait vraiment de l’allure !

Quant aux quatre logements pour les instituteurs et institutrices ils ont été réalisés d’après les premiers plans.

A noter qu’un mur séparait les écoles des filles et celles des garçons et que les grilles accédant  aux cours et aux préaux ont été changées entre les deux guerres.

 

Plan initial

 

Carte postale datant de 1905 (environ)

 

L’ECOLE.

 

Emplacement de l’école à Allery d’après Armand Maillard :

D’après la tradition, la classe avant 1789, était faite dans le clocher au-dessus de la salle des fonts baptismaux, dans une curieuse salle éclairée par une large fenêtre, pourvue d’une cheminée en pierre aménagée dans le mur épais de l’édifice.

On relève dans la pierre des parois, de nombreuses inscriptions, datant du XVIIIe siècle, qui ont pu être gravées par les élèves. Il n’y avait sûrement que très peu d’élèves  car la pièce est relativement petite.

Le groupe scolaire actuel a été mis en fonction en août 1881.

Pendant une décennie (1880-1890) la commune a fait d’importants investissements, avec  notamment la construction du groupe scolaire, de la gare, de la poste et, de la Mairie. Tous ces édifices ont permis : de  maintenir une population importante,  de contribuer au développement de l’industrie textile et artisanale et de faire la renommée de notre village. Pendant ces années la population a considérablement augmentée, Allery comptait 1124 âmes en 1880 (984 en 1852). Concernant « l’histoire » du groupe scolaire, du fonctionnement de l’école communale, du nom de tous les enseignants, j’y reviendrai lors d’un prochain article.

 

Rang du haut, de gauche à droite : Denise Leclerc – Denise Blondin – Renée Dammerval – Paulette Vaquez  Gilette Dague – Clémence Deroo – Gaby Caullery – Gladys Darras – Fernande Bouclet – Paulette Sueur - Suzanne Sellier

Rang du du milieu, de gauche à droite : Mlle Ballouza – Marcelle Maillard – Denise Hullin – Emilienne Morgand  Marie-Thérèse Loin – Denise Vaquez – Renée Morgand – Rolande Niquet – Germaine Nourtier - ?

Rang du bas, de gauche à droite : Léone Cahon – Jeanne Leblond – Paulette Hamiez – Alberta Dévérité  Micheline Miannay – Thérèse Dufour – Denise Vacossaint – Mauricette Favresse – Liliane Brassart – Andrée Provost .

Ecole des filles de 1931-1932 (photo ci-dessus). L’enseignante était  Mlle BALOUZA. La directrice  de l’école des filles était Mademoiselle FRAYSSE. Pour mémoire le directeur de l’école des garçons était M. MAILLARD. Sur la photo il y a 31 jeunes filles âgées d’une douzaine d’années. Je suppose qu’il s’agit d’un cliché avec des élèves d’une seule classe. Pour beaucoup d’entre-elles les dates de naissance s’échelonnent de 1917 à 1919. A ma connaissance, Paulette Vaquez, Gladys Darras et Paulette Sueur (sur la photo) ont plus de cent ans à ce jour (mars 2018) ou s’en approchent.

Question : à quand remonte la première école à Allery ?

Dans le Journal écrit par Antoine Delescole, magister d’Allery entre 1703 et 1712 : on relève cette note : « Vendredi 30 avril 1703 : Noël Garet, ancien magister d’Allery, âgé d’environ 84 ans, est décédé de ce monde ». On peut donc supposer qu’une école, tout au moins un endroit où l’on rassemblait quelques élèves,  existait à Allery à une date voisine de 1650.

Quant à Antoine Delescole dont les écrits sont si précieux aujourd’hui, il note encore : « Jacques Lefebvre m’a payé tout ce qu’il me doit tant vieux que nouveau escolage, jusqu’au Mercredi Saint »(en vieux français)

Antoine Delescole inscrit méticuleusement les messes basses et grandes, s’il note les naissances, les décès et mariages, qu’il fait suivre des sommes à lui dues, de l’école il ne parle jamais, sauf pour rappeler les redevances des parents de ses élèves : Plus loin, au-dessous de la mention d’une messe d’enterrement : « Ils me doivent 12 sols de clergé et 12 sols d’escolage »

Ce maître d’école était bien plus absorbé par les services religieux attachés à sa charge de clerc laïc, que par ses fonctions de magister.

Le niveau intellectuel de la classe devait être bien bas et à la fin de leur scolarité les élèves peu instruits. L’ignorance du peuple d’alors était grande si l’on en juge d’après le nombre de marques, de croix, apposées en guise de signatures au bas des actes d’état civil rédigés par les prêtres. Sur vingt signatures, on relève en moyenne dix marques et quatre ou cinq signatures maladroites, presque illisibles (à suivre)

 

L’HISTOIRE DES CLOCHES.

L’église de la Sainte-Trinité d’Allery possédait trois  cloches bien  avant la révolution. Dans le remarquable fascicule « Les cloches d’Allery » d’Albert Boquet,  il est en effet noté que le 3 janvier 1663, il fut payé à Nicolas Itar, le chanvre utilisé pour faire les trois cordes des cloches ainsi que de nombreux achats nécessaires au fonctionnement de celles-ci. Ces trois premières cloches avaient des inscriptions mais malheureusement elles n’ont pas été conservées. En 1725 la plus grosse des trois est fêlée et deux ans  après, le 28 juillet 1727 elle est refondue à Villers-Campsart par un nommé Jean-François Henriot, fondeur lorrain. En 1790, une seconde fois cassée, la grosse cloche a besoin d’être refondue. C’est alors qu’on enlève du clocher d’Allery les deux plus petites pour les fondre et en faire des canons. La grosse cloche restée seule jusqu’en 1824 est enfin refondue par Gorlier à Frévent. En 1857 un don généreux permet de rétablir la sonnerie à trois cloches. M. François Poiret, veuf Brunel et Zacharie Mullier veuf Manier sont les généreux donateurs. La donation de ces deux cloches nécessita le vote d’un impôt extraordinaire pour la réparation et la confection d’un beffroi propre et pour la suspension des susdites cloches. Le 30 août 1857 elles furent baptisées  en présence d’une foule immense (article complet dans le « Pilote de la Somme  dont un extrait ci-dessous). Gravée avec les noms des donateurs, la plus grosse est baptisée LOUISE MARIE (Aimable), elle fait 1m12 de diamètre et sa note est le Mi bémol, elle fut bénite par Charles Auguste Toquenne, curé d’Allery – la deuxième est nommée JOSEPHINE (Brunel) elle fait 1 mètre de diamètre et sa tonalité est le fa. Elle fut bénite comme la troisième par le curé de la paroisse Pierre François Engramer. La troisième s’appelle CATHERINE (Manier) elle fait 0,90 mètre de diamètre et sa tonalité est le sol.

Ci-après quelques extraits de l’article paru dans le « Pilote de la Somme » le 5 septembre 1857

« La bénédiction ou baptême des cloches est toujours l’occasion d’une cérémonie religieuse, entourée d’un certain éclat et quelquefois de fêtes pompeuses. L’église d’Allery avait dimanche dernier à célébrer une de ces solennités : deux cloches avaient été données, l’une par M. François Poiret-Brunel, l’autre par Zacharie Mullier, habitants de la paroisse. Les deux cloches, recouvertes de robes riches et brillantes étaient déposées dans le chœur élégamment orné et décoré par les soins et les dons des parrains et marraines… On s’accorde à dire que les deux cloches dont la valeur et de quatre mille francs, sont très belles. L’église était trop petite pour contenir les curieux désireux d’assister à cette imposante cérémonie. Une quête faite par M. Gustave Louis et Mlle Poiret, jeune et charmante enfant de sept à huit ans, a été très abondante, et l’eût été davantage si l’église avait pu contenir tous les assistants… » Les parrains et marraines jetaient avec force des poignées de dragées et de monnaies de billon à la foule, qui se ruait pour les ramasser. On dit qu’il fut jeté plus de cents francs en monnaie : c’était à qui s’approcherait des mains généreuses qui lançaient ces projectiles. Tiraillés en tous sens, les deux couples faillirent avoir leurs vêtements déchirés, et ce fut à grande peine qu’ils se tirèrent de la bagarre. On se souviendra longtemps à Allery et dans tous les environs de cette belle cérémonie, qui prouve que chez nous, les fêtes religieuses exercent toujours leurs emprises sur les masses.

 

PETITES HISTOIRES D’ALLERY

 

Pourquoi depuis si longtemps nous appelle t’on « Chés Fous d’Ary » Je ne crois pas, comme l’écrivait d’ailleurs il y a bien longtemps, Alcius Ledieu, qu’Allery était l’une des « Béoties » de Picardie, c'est-à-dire que ses habitants étaient alors, naïfs, un peu lourdauds, un village où l’on ne trouvait que des gens simples d’esprit, un peu « fous » donc ! Cela pourrait être insultant pour tous ceux qui y sont nés ; au contraire, je suis convaincu qu’il a existé et qu’il existe toujours dans ce village, des gens passionnants, bons vivants, qui ont donné l’occasion de conter des tas « d’histoires » drôles, invraisemblables parfois, et qui ont en fait, permis d’étayer une solide réputation au village.

Le plus célèbre à raconter des histoires ou à faire des blagues avait pour nom « Ch’Mawais ou « Ch’Maouais »  d’Ary » (Je reviendrai sur sa personnalité lors d’un prochain numéro). Je vais vous raconter ci-dessous l’une de ses nombreuses farces.

La chasse au DAHU (animal sauvage imaginaire)

« Ch’Mawais » berna  un jour, un certain « Tintin L… » en lui conseillant de capturer des « dahus » qui sont d’après lui, de gentils moineaux, sifflant agréablement…. Il lui recommanda d’emporter, à la tombée de la nuit,  deux beaux sacs neufs en coutil de lin que ce dernier fabriquait à son domicile. Tous deux se rendirent au bois « Delbouche » (route d’Hallencourt). Après avoir fait placer les sacs dans les ornières que ne manqueraient pas d’emprunter les « dahus » en fuyant. « Ch’Mawais » entra seul dans le bois sous prétexte de rabattre le gibier. Deux compères munis de cierges l’y attendaient… « Ch’Mawais » se couvrit la tête d’un drap et, escorté par ses deux porte-chandelles, il s’avança vers  Tintin en cantant d’z’orémus (en picard dans le texte). Entendant ces bruits, en voyant ces lumières, le malheureux, saisi de terreur s’enfuit en abandonnant ses sacs et en se demandant ce qui allait lui arriver… Pendant ce temps, « Ch’Mawais » ramassait les sacs, en donnait un à ses compères et gardait l’autre pour lui, pour s’en faire un pantalon ! La petite histoire ne dit pas si Tintin L. s’en est remis ?

Dans d’autres régions de Picardie cette chasse « réputée » était appelée « chasse à la bitarde » variante de la chasse aux dahus qui concernait plutôt un animal forestier doté d’une belle fourrure mais dont les griffes acérées étaient redoutables….

 

D’autres « petites histoires »

 

28 prairial an 9 (fin mai de l’année 1801). Un seul instituteur exerçait dans la commune. Celui-ci nommé par le conseil municipal n’était pas logé par la commune. Une somme de 24 francs lui était allouée. Il s’appelait Du Corroy. A cette époque 60 élèves fréquentent l’école et on y apprend à écrire, calculer, l’arithmétique et le calcul décimal.

29 janvier 1808 – Lettre du Curé d’Allery Durand, au Préfet.

« J’ai déjà adressé deux lettres concernant la destitution du maire d’Allery pour les raisons suivantes: Je ne parlerai pas des centimes additionnels qu’il met à son profit. Dans les années 13 et 14 et année suivante, il met aussi pour réparation la maison commune trois fois dix livres et pour logement du maître d’école an 13, trente livres, tandis qu’il est notoire qu’il n’y a pas à Allery de maison commune et que le maître d’école en l’an 13 était logé gratis. Je ne parlerai pas d’autres objets, pour vous prouver qu’il ne connaît d’autre autorité que sa tête malgré que le budget de l’an 1807 prévoyait 100 francs à M. Postel pour la location au prêtre. Il se refuse à donner un mandat au dit Postel pour la dite somme. Que veut-il donc faire ? Lui payer 70 Francs et en mettre 30 dans sa poche. Ainsi s’arrange ce maire fautif. Que monsieur le Préfet réunisse ces raisons à toutes celles qui sont décrites dans deux lettres précitées ! Je ne doute nullement de sa destitution pour le bien de la commune, ce sont ces termes dont je me sers dans mes lettres. Sa conduite mériterait bien d’être examinée et même punie : le destituer quand il croit être conservé, c’est le punir ».

3 mai 1840.

Un jeune homme de cette commune est attaqué d’une maladie qui le rend furieux par accès périodiques. On sait l’heure à laquelle les accès arrivent et reviennent. Quand l’heure du délire arrive on prend des mesures pour résister à ce malheureux qui déploie lors de ses crises une force extraordinaire. Quelques personnes affirment que cet infortuné a été vendu par son père au malin et que sa fureur est causée par la présence du démon qui vient prendre possession de sa proie.

Il est à regretter que dans toutes les circonstances de ce genre, la chaire (l’église) garde le silence et ne combatte pas les idées stupides qui existent encore dans nos campagnes (ADS).

2 juin 1889Asile de nuit

Construction d’un asile de nuit pour les voyageurs indigents sur le chemin Allery-Métigny, suite à la gêne que procurent les ouvriers de passage, notamment auprès des cultivateurs qu’ils importunent pour obtenir un gîte. (Ce local existe toujours, appelé « le corps de garde », il est situé chemin de la famille Cocu)

6 juillet 1897. Contrebandiers : A bon chat, bon rat !

Une histoire de contrebandiers vient de se passer dans cette commune. Lundi dernier un individu se livrant à la contrebande cachait deux balles de tabac, « dit de Moravie » dans un champ de blé au lieu-dit « La vallée Colette » Il fut aperçu par deux habitants qui résolurent de s’emparer de quelques paquets de tabac et d’en avertir ensuite la régie. Vers six heures du soir les employés de Oisemont, avertis, venaient pour se saisir des deux balles, et du contrebandier qui les avait cachées. Ce dernier, était sur le pas de sa porte lorsque les employés passèrent avec leur butin. Lorsqu’il s’aperçut qu’une balle n’était plus complète il se mit à la recherche des voleurs. Ayant appris que deux individus devaient livrer du tabac de fraude au lieu-dit « Le coin du bois Devaux » il s’empressa à son tour d’en avertir les gendarmes. Ceux-ci se rendirent à l’endroit indiqué et arrêtèrent deux individus qui n’étaient autres que les deux premiers dénonciateurs ! (255PER19)

 

LE TISSAGE : Un peu d’histoire :

 

L’origine de l’industrie de la toile en Picardie se perd  dans le lointain des âges. Il est vraisemblable qu’elle prit son essor dans les campagnes après les guerres de religion, comme métier d’hiver.

Nous savons qu’au milieu du XVIII° siècle, 25000 métiers battaient en Picardie. Dont les trois-quarts dans les villages. Dans notre village dont l’activité était essentiellement agricole, les cultivateurs produisaient du chanvre et surtout du lin. Après la récolte, installés chez eux, ils travaillaient et filaient directement les fibres avant de diriger le produit fini, vers des centres de regroupement de transports (R. Collier) Etaient-ils nombreux à vivre ou à survivre de cette profession, les archives de notre village relèvent que beaucoup de nos concitoyens déclaraient à la mairie la profession «  tisserand » lors d’un mariage ou malheureusement d’un décès.

Cependant, entre 1740 et 1741, sur cinquante six témoins inscrits dans les déclarations de naissances et de décès, trois seulement figurent comme tisserands. Pourtant ils existaient de nombreux métiers dans le village, mais ils devaient être utilisés par des ménagers ou par les cultivateurs.

Ceux-ci tiraient certains avantages de leur situation. C’était pour eux l’assurance d’un revenu et la possibilité d’avoir une autre activité, souvent agricole. Dans leur maison, était installé, un métier à tisser, immense engin en bois qui occupait souvent une pièce de la demeure dans son entier.

Dans la plupart des campagnes du Vimeu et du Ponthieu, on tissait des toiles communes : toiles à matelas, à sacs, à voiles, toiles d’emballage avec le lin et le chanvre du pays.

Armand Maillard et plus tard Arthur Lecointe, ont conté l’histoire du tissage à Allery. Je ne fais dans un premier temps que reprendre leurs textes, exposés notamment dans un livre «Allery d’hier et d’aujourd’hui ». Depuis quelques années j’essaie de compléter le bon travail déjà effectué, avec des témoignages de tisserands encore vivants et d’industriels toujours présents, en faisant des recherches aux archives départementales (une mine d’or !) Je compléterai ces textes avec des cartes postales de l’époque, des photos de personnels d’usines, enfin j’expliquerai dans le détail ce que fut et ce qu’à représenté le tissage pour notre village. Empreinte indélébile qui aura marqué la vie des Allérois. Beaucoup regrettent encore ce temps là.

 

Sports et Jeux d’autrefois.

Le jeu de paume

Dans les carnets d’Antoine Delescole, instituteur à Allery (début 1700) on relève :

10 et 11 avril 1703, « dimanche et lundi de Pâques, où il fit un très beau temps pour ces deux fêtes. Je vis ce jour là, la première hirondelle et on joua à la paume »

Nous avons également relevé dans le programme établi par le Conseil municipal en 1811 ; « Pour la fête organisée à l’occasion de la naissance du roi de Rome la commune vote un crédit de six francs en faveur des joueurs de paume »

Il est évident qu’à Allery, comme dans tous les villages de la région, le jeu de paume était prisé et répandu.

La balle au tamis

La balle au tamis fut pendant une cinquantaine d’années la principale distraction des habitants d’Allery, jusqu’avant la guerre 1939-1945. Chaque dimanche on entendait le bruit des « tambours » qui rabattaient les balles rapides et les cris du marqueur qui excitait les joueurs par ces exclamations, mille fois répétées «  La chasse est à moi ! A moi la chasse ! 30 pour le fond ! 40 pour le tamis ! »

Ce jeu intéressait fort la population qui applaudissait aux coups d’adresse des joueurs. Les parties se déroulaient place de l’église, assez vaste pour la pratique de ce jeu.

Résultat d’un concours le 10 juillet 1931.

Le  concours de tamis commencé le 14 juin puis arrêté par la pluie, s’est terminé dimanche 5 juillet de la meilleure façon. Résultat : 1er Moyenneville « Les copains », 2ème Mérelessart, 3ème Behen « Les Rassis » 4ème Saint-Maxent, 5ème Huppy « L’Espérance », 6ème Ercourt, 7ème Hallencourt(2), 8ème Allery « Les Compagnons ». Fort belle tenue des parties. Félicitations aux organisateurs et remerciements aux membres du comité, aux directeurs des jeux et aux commissaires. Un prix du plus fort livreur fut offert par M. Philippin à Henri Wattier de Béhen (263PER7)

Les amateurs de jeux paisibles et peu dangereux préféraient la boule et le jeu d’assiettes. Dans le jeu de boule, on lance une boule de bois grosse comme la tête, sur un terrain uni et on cherche à la placer le plus près possible du but situé à quinze ou vingt mètres du joueur. L’habileté consiste à « décacher » (enlever) la boule d’un adversaire bien placée et à prendre sa place.

Le jeu d’assiettes, encore en vogue dans certains villages de la Somme, était l’unique amusement qui distrayait les clients des rares cafés de l’époque.

Cependant dans le Vimeu, ce jeu a subsisté. Des rencontres sur le plan régional et départemental font qu’il redevient populaire. Martial Dévérité, décédé en 2008, était un fervent pratiquant du jeu d’assiettes au sein du club de Tours en Vimeu. Lors de certaines fêtes à Allery, il nous fit de superbes démonstrations, d’adresse, de tactique et de patience.

Tous ces jeux ont cédé la place au jeu de ballon au poing que l’on pouvait, jusqu’aux alentours de 1925, voir sur la place de l’église dont les vitraux étaient protégés par des grillages. Les jeunes gens exerçaient leur force et leur agilité à la poursuite d’un ballon en cuir gonflé à rompre, qui fait des bonds prodigieux en touchant le sol !

Le jeu de trace ou « ju t’trache » était en vogue particulièrement à l’entrée ou à la sortie des usines ou devant les cafés. Il ne nécessitait comme accessoires que quelques gros sous aux effigies de Napoléon III, de Victor Emmanuel ou de Georges V, appelés : palets.

Il opposait 2 équipes de 2 ou 4 joueurs, munis chacun, dans le premier cas de 5 palets, dans le deuxième de 4. Placé à 8 mètres d’une ligne tracée à la craie, les joueurs cherchaient à placer leurs palets au plus près. Le mieux placé optait pour un côté, pile ou face, récupérait et lançait en l’air tous les palets et ramassait à son profit tous ceux de son choix. L’adversaire procédait de la même manière pour empocher son gain, le restant constituant un pot remis en jeu à la partie suivante.

Il existait de multiples façons de s’amuser tout en se confrontant, sainement ! Il n’y avait pas de télévision, ni internet, ni de voitures, les jeunes du village ne s’ennuyaient pas pour autant.

Les uns jouaient aux billes, aux osselets, au cerceau, d’autres à la marelle, au jeu de la grenouille ou encore à la balle au prisonnier. D’ailleurs tous ces jeux avaient cours dans le cadre de l’école et se prolongeaient les jeudis, dimanches et jours de vacances.

Tout cela donnait de l’animation dans les rues du village, personne n’était dérangé par la circulation automobile. Ces jeux continuaient tard dans la nuit, surtout  les jours d’été.

Les adultes se retrouvaient chez « Dudule » sur la place de l’église pour jouer au billard français, notamment le dimanche matin, pendant que les épouses allaient à la messe ! Les jeux traditionnels ont cédé la place au football, au tennis de table ou à la pétanque.

 (D’après les recherches de Serge Poiret et de Christian Leguay consignées dans C.I.S. Patrimoine)

 

 

L’équipe du jeu de tamis en 1931

Debouts : Camille Sevin - Maurice Sevin - Daniel Poiret -Louis Allot - Gilbert Boutillier

Accroupis : Zéphir Sevin - Raymond Dague - René Fortier - Ernest Blondin - René Gaffet.

 

N° 3 - PETITES HISTOIRES D'ALLERY. Mois d'Avril 2018

 

Le mois dernier je vous ai parlé d’un personnage, natif d’Allery étonnant : Isidor Darras, dit Modeste, plus connu sous le sobriquet de « Ch’Mawais d’Ary » Qui était-il vraiment ?

Isidor Darras était le fils d’Isidor Darras, çà ne s’invente pas. Il vit le jour le 18 avril 1826 à Allery et mourut dans notre village le 2 août 1897. Il exerça plusieurs métiers : marchand de blé, de toiles, de charbon il a même fabriqué des toiles de jute. Très tôt dans sa jeunesse, en proie au démon de la mystification, il se faisait remarquer par ses farces, ses blagues, ses fredaines. Il avait une joie sans mélange à plonger, par exemple, ses contemporains dans l’obscurité en éteignant leurs lampes à l’aide d’une seringue. Il faisait dévaler des fûts, mis à *combuger dans les mares, jusqu’aux pâturages du Crocriamont (lieu-dit) ou encore cachait les *seilles des voisins au fond des puits. Farceur, oui, pourtant la vie ne lui épargna pas, ni les chagrins, ni les peines. Il perdit sa jeune femme, peu après son mariage. Il épousa en seconde noce, Delphine Huguet qui lui donna deux enfants, un fils et une fille, Jeanne, dite Jeanne Modeste qui épousera plus tard Albert Lefebvre et donnera en 1895 un enfant lui aussi prénommé Albert qui deviendra maire d’Allery et conseiller général du canton d’Hallencourt.

 

Veuf une seconde fois, Bonapartiste dans l’âme il restera fidèle à ses convictions toute sa vie. Malgré l’âge, les chagrins, les désillusions, les souffrances il demeura jusqu’à la vieillesse ce qu’il a toujours été : un parfait mystificateur. Devenu un vieillard, Modeste en toutes circonstances portait un solennel complet de drap noir et arborait une immense barbe d’une blancheur de neige. De ses deux mains, dans un geste familier, il la remontait prestement sur sa tête et s’en faisait un masque qui effrayait les enfants et les mettait en fuite. Mais il savait les rappeler, les consoler en leur donnant une pièce. En réalité, « Ch’Mawais » ne l’était guère. Au contraire sous son aspect terrifiant, malgré ses manières inquiétantes et la férocité de certaines de ses facéties, il cachait un cœur d’or. On n’oublie pas qu’en 1871, il aida avec sa propre contribution de guerre,  plusieurs de ses compatriotes peu fortunés. Il ne cherchait en fait qu’à faire rire ses concitoyens, grâce à la fertilité de son imagination.

 

Modeste, Isidore Darras est encore aujourd’hui un personnage dont le surnom « Ch’Mawais » est très connu à Allery et même encore usité. Il est courant de s’entendre dire, (cela m’est arrivé), tiens « v’lo Ch’Mawais d’Ary » Il a, en quelque sorte, fait rejaillir sur notre localité une manière de  célébrité !! (Inspiré en partie d’un fascicule écrit par Arthur Lecointe)

 

*Comburger : emplir d’eau les futs en bois pour les imbiber

*Seilles : Récipient de grande contenance utilisé autrefois dans les tâches ménagères

 

Une autre histoire concernant « Chés fous d’Ary »

 

Deux habitants d’Allery se rendirent un jour à Amiens pendant la foire de la Saint-Jean. Vers midi, ils entrèrent dans une auberge pour s’y faire servir à manger. Ils remarquèrent à une table voisine un homme, qui leur parut être un marchand de vaches ; il mangeait une côtelette et passait chaque morceau de viande qu’il découpait sur une espèce de pâte jaune déposée sur le bord de son assiette. Curieux de savoir quel était ce mets employé en aussi petite quantité, ils se renseignèrent auprès du garçon.

-          Est-ce donc bien cher ce que mange cet homme ? il en prend si peu !

-          C’est de la moutarde, dit le garçon. Vous en faut-il ? C’est vingt sous le pot

-          Servez nous-en chacun un pot.

-          Et avec ?

-          Cela nous suffira.

Voilà nos deux « fous d’Ary » qui se mettent à manger la moutarde à pleine cuillérée. Mais ils ne tardèrent pas à faire toutes sortes de grimaces tandis que leurs yeux larmoyaient abondamment. Ils continuèrent cependant sans se préoccuper des sourires et des rires de leurs voisins ; ils étaient persuadés que ceux-ci les admiraient de ce qu’ils ne regardaient pas à la dépense. De plus, en rentrant dans leur village, ils ne manquèrent pas de raconter qu’ils avaient mangé ce qu’on ne sert qu’aux gens riches. (Alcius Ledieu)

 

LE SAVIEZ-VOUS ?

 

Un château à Allery ?

(Relevé dans un périodique régional, d’après la brochure du docteur Machy d’Airaines et dans le livre de A. Maillard). Allery possédait, comme tant d’autres communes, un château fortifié dont il ne reste aucune trace. Il était situé, d’après la tradition et de nombreuses suppositions, en haut de la ruelle Lagache qui prend sa source sur la rue du bas-Quayet. Le château des seigneurs d’Allery a totalement disparu depuis plusieurs centaines d’années. Les plus anciens se souviennent d’un pigeonnier qui en dépendait et qui est resté dressé, en partie, après que des paysans s’acharnèrent sur lui sous la Révolution. Nous savons aussi qu’en 1615, Lefort de Fermembrun, seigneur d’Allery, prit parti pour le duc de Longueille, gouverneur de la Picardie, contre le maréchal d‘Ancre. Ce seigneur amassa dans son château des armes qu’il fit passer au duc. Le maréchal en ayant été informé, mit des cavaliers à sa recherche : le château fut fouillé, mais on n’y trouva que trois arquebuses de chasse. Fermembrun se voyant découvert, résolut de rejoindre le duc de Longueville, mais il voulait ruiner avant son départ toutes les fermes et manoirs des officiers municipaux d’Abbeville. Le 1er octobre de la même année, il ouvrit les hostilités avec une soixantaine d’hommes. Cependant le lendemain il fut attaqué et périt avec la plupart de ses compagnons près du bois d’Hallencourt.

Il n’y a eu qu’un château à Allery qui était à l’origine habité par M. du Hamel qui a donné le nom à ce canton. Comme le pigeonnier, des vestiges et plusieurs corps de bâtiments sont restés longtemps sur le terrain.

 

27 décembre 1832 – Suppression de 3 sentiers et ouverture du chemin du Crocriamont.

15 décembre 1949. Des souterrains existaient bien à Allery. Comme je l’ai déjà précisé dans un autre article, ils ont pour origine l’extraction de la craie pour la construction de l’église (XVIème siècle). Trois entrées de carrière au lieu-dit « La Carrière » nom de la rue existant encore aujourd’hui, s’enfonçaient sous le bois du Bosquet sur une longueur de 200 mètres (développement total 5O0 à 600 mètres). Pendant la guerre le maire fit appel à des volontaires pour aménager les tunnels en abri. Rappelons que notre région fut bombardée (Airaines rasé) qu’Allery se trouvait sur la route des avions Anglais qui allaient bombarder l’Allemagne.

Les plus anciens se rappellent des nuits angoissantes de cette époque.

D’autres personnes se souviennent être allé « s’amuser » dans ces souterrains, non sécurisés dont les entrées ont été comblées depuis.

On y a relevé des signatures d’ouvriers et inscriptions diverses datant de 1700.

 

PETITES HISTOIRES

 

1er avril 1839. Une femme âgée d’environ trente-cinq ans est morte à Allery, atteinte d’hydrophobie et après avoir essuyé de nombreux accès de rage ; cette malheureuse a péri victime de sa crédulité, car au lieu d’avoir employé la cautérisation, d’avoir fait panser ses blessures à l’aide des nouveaux moyens qu’offre la médecine, elle est allée au loin prendre un médicament composé tout simplement d’une « omelette »

3 mai 1840. Jean-Baptiste M… dit « B… » Garde particulier est accusé d’usage illégal de la médecine si nous en croyons l’opinion la plus répandue sur cet homme. B… n’est pas précisément un charlatan, un empirique, mais un guérisseur connu dans tout Allery sous le nom de « guérit tout » Il paraît qu’il fabrique des onguents dont la fabrication demeure secrète, un secret de famille qui lui a été transmis. Il guérit une multitude de personnes de toutes les classes sociales et s’il s’était contenté de faire usage de son merveilleux don, il n’aurait pas été l’objet de poursuites dont il est accusé, car si l’on poursuivait tous ceux qui utilisent des remèdes on pourrait poursuivre bon nombre de personnes et de curés… Si B… s’est livré comme on nous l’assure, à des actes de chirurgie dont quelques une ont eu des suites funestes, il faut reconnaitre que la justice a bien fait de réprimer des actes aussi dangereux. Au surplus les débats fixeront l’opinion publique sur cette intéressante affaire.

2 avril 1843. Découverte.

 Un habitant d’Allery, en bêchant dans son jardin fit la découverte d’un tombeau probablement consacré à quelque guerrier des temps anciens. Il ne restait dans la bière, qui est de pierre fort dure, que deux petits fragments du squelette réduit par l’action du temps en poussière. Le crâne avait conservé sa forme primitive, mais il s’est fendu aussitôt qu’on l’a touché. Au milieu de ces restes on remarquait une petite bouteille de verre bleu, deux vases de terre cuite, un poignard et une lame de sabre en très grande partie rongée et détruite par la rouille. Ce sarcophage est d’une forme gigantesque et peut peser plusieurs milliers de kilos. On n’a pu y  découvrir encore aucune inscription ni sculpture qui puissent faire constater l’époque. (Progrès de la Somme)

26 août 1851. Chasse aux chiens !

Considérant le nombre toujours croissant des chiens errants, l’urgence nécessite des mesures sévères que les citoyens ont intérêt à appliquer. Suite à de nombreux accidents qui arrivent aux époques de grandes chaleurs, les chiens devront être tenus en laisse ou muselés, ou ils seront immédiatement abattus sans que le propriétaire puisse réclamer.

12 juillet 1853. Vols à l’église ; çà ne rigole pas !

T.F B…, tisserand demeurant à Allery a escaladé et entré par effraction dans l’édifice religieux du village, soustrait frauduleusement des hosties, au préjudice de la fabrique d’Heucourt. Il a été condamné à huit ans de travaux forcés ! (journal de Péronne)

11 juin 1856. Le conseil s’est réuni pour voter une somme nécessaire pour le baptême du prince Impérial, considérant qu’il ne peut s’abstenir de s’associer à la joie que toute la France éprouve pour la naissance de l’auguste prince.

16 janvier 1903. Inauguration d’un temple évangélique.

Dimanche 18 janvier 1903, les pasteurs Bruce, président du Consistoire d’Amiens, Flour de Feuquières et Edouard Souliès de Paris inaugureront le temple évangélique d’Allery à deux heures du soir. La donation du temple évangélique est due à la générosité de M. Ernest Sinoquet, compositeur de musique (255PER25) (261PER2)

 

 

 

Emplacement du temple. Ce lieu a été la demeure du célèbre Ernest Sinoquet, compositeur de musique, de la famille Hernas qui tenait un débit de boissons, de la famille Leblond charcutiers, et dernièrement de la famille Bruhat.

 

Antoine DELESCOLE (suite)

Comme je l’ai déjà écrit dans les deux premiers textes, si Antoine Delescole nous a laissé des écrits très intéressants sur la vie alléroise, cependant ce dernier ne faisait rien gratuitement, mais on lui pardonnera bien !

Quand le curé s’absente, il chante les vêpres avec ses élèves (n’oublions pas qu’il était décrit comme étant être un magister, donc enseignant) « Samedi 23 février 1704 : On n’a pas encore dit la messe. M. de Saint-Fourcy (le curé) est à Abbeville. Nous avons dit les vêpres avec les écoliers ». Parfois quand les fonctions de chantre l’appelaient à l’église, il se faisait remplacer dans sa classe « 19 novembre 1703 : « enterrement. Charles Choy, maréchal, a fait les fonctions de magister à ma place ».

Les habitants venaient souvent le consulter, il se faisait payer les renseignements qu’il leur donnait : « Noé d’Arval me doit douze sols pour renseigne » A l’occasion il prêtait de l’argent.

Antoine Delescolle est aussi un actif auxiliaire du curé, il est au service de la religion. « Lundi 20 septembre 1705. Nous avons chanté la messe pour les pèlerins d’Allery à Notre-Dame de Liesse, savoir moi, Antoine Delescole et 20 pèlerins et nous sommes revenus à Allery, le samedi 26 septembre ayant parti le lundi 21 septembre 1705.

 

RETOUR SUR L’ENSEIGNEMENT.

 

Un instituteur honoré ! 13 décembre 1889.

Mardi dernier, 10 décembre 1889, Allery était en fête. On entendait le canon, la musique et les chants patriotiques du bataillon scolaire. En effet on récompensait M. Courtin, instituteur, pour son travail. L’Inspecteur d’Académie, M. Giroud,  lui remettait la médaille d’argent accordée il y a peu par M. le Ministre de l’instruction. Discours en présence de toutes les autorités locales et environnantes. Une grande cérémonie avec une foule immense qui rendait hommage à cet homme voué à l’instruction aimé de tout le monde.

Oui, on peut le dire vraiment Allery était en liesse pour son instituteur et, malgré le mauvais temps, au moment où le train qui amenait MM. les inspecteurs arrivait en gare, on voyait du monde partout et, c’est par centaines que l’on comptait les femmes groupées jusque sur le talus du chemin de fer. Il y avait aussi la fanfare dirigée par M. Darras fils, qui, suivie par toute la population, s’est dirigée vers la mairie. Après les discours, multiples et tout à l’honneur de cet instituteur très apprécié, ce dernier a bien voulu répondre : « Je suis vraiment touché de la manifestation dont je suis en ce moment l’objet. Moi, simple instituteur, de voir M. l’Inspecteur d’Académie, M. l’Inspecteur primaire, M. le Délégué cantonal, M. le délégué pour la commune, M. Deneux, maire d’Hallencourt et délégué cantonal, de M. le juge de Paix, assister à la remise d’une récompense que j’enviais sans doute, mais dont je craignais de ne pas être assez digne ! Cette journée laissera dans mon existence et dans celle de ma famille, le plus durable et le plus doux souvenir. Mais comment vous remercier d’un honneur aussi grand ? Je crains que mes expressions ne soient pas à la hauteur de mes sentiments. Pourtant je saurais me taire, parce que c’est surtout l’enseignement primaire que vous voulez glorifier aujourd’hui. Merci à tous et en particulier à vous M. le maire et MM. les conseillers, de tout temps vous avez fait beaucoup pour le développement de l’instruction dans la commune d’Allery, depuis trente et un an que j’y exerce, toujours avec votre appui et vos encouragements (voir article complet 1008PER3 et 255PER11)

 

Ecole des garçons 1928. Instituteur M. Tourneur.

 

Debout de gauche à droite : Jacques Miannay – Bernard Maurice – Bernard Darras – André Hernas – X – Michel Darras – Yves Lamotte – Jacques Corsin – André Leblond – Georges Poiret – Maurice Allais – Jean Lachat – Léon Tourneur – Emile Leblond – M. Tourneur (directeur)

Au milieu de gauche à droite : Bernard Vacossaint – Paul Caullery –Denis Michaut – Léon Hiver – Robert Dévérité – Pierre Demachy – Robert Darras – Gervais Bailleul –Miche Bailleul - Pierre Poiret -  René Cordellier – Armand Savary

Assis de gauche à droite : Serge Vacossaint – Emilien Darras – Emile Morgand – Jean Claveau – Léandre Courtillier – Denis Courtillier – François Darras – Kléber Julie – Edmond Poiret – Eugène Godet – René Leblond – Claude Cordellier – Simon Miannay – Serge Berton – Jean Darras

 

LES SAPEURS-POMPIERS

Un peu d’histoire :

Bien avant 1700, période à laquelle les secours apportés aux habitants s’organisent, des « gardes du feu » sont désignés sous Charlemagne. Puis, dans certaines communes, on crée des « veilleurs de nuit » On éteint alors les incendies à l’aide de seaux qu’on apporte en faisant la chaine. A cette époque les moyens sont donc limités et peu efficaces. La technique la plus désastreuse sera de créer un vide autour de l’immeuble en flammes en démolissant les maisons voisines pour sauver le quartier.

C’est donc vers 1700 qu’un dénommé « Du Perier » ramène de Hollande, la première pompe. Louis XIV accepte l’idée avec enthousiasme. Ces pompes munies de tuyaux en cuir projettent de l’eau à grande distance. Des réglementations concernant le chauffage chez les particuliers sont mises en place (dont le ramonage des cheminées)

En 1815, le ministre de l’intérieur invite les préfets à organiser dans chaque commune un service de secours contre l’incendie. Les maires ont la responsabilité de mettre en place un corps composé de volontaires, dirigé par un chef. Cette nouvelle disposition devra avoir l’aval du préfet. Les pompiers servent gratuitement parce que l’obligation à laquelle ils se soumettent les exempte du service de la Garde Nationale. Ils ne sont que légèrement rémunérés et reçoivent, quand ils sont blessés, une distinction pour leur courage.

Comme dans l’armée, des officiers sont nommés pour cinq ans et ont pour grades : Capitaine, Lieutenant, Sous-lieutenant, Sergent, Caporal, Tambour ou Clairon. Un corps de musique peut être attaché au corps des sapeurs-pompiers, ce fut le cas à Allery. 

Les toits en chaume sont progressivement remplacés par des tuiles ou des ardoises. C’était l’une des principales causes des désastreux incendies relevés dans les villages.

A Allery le premier corps de sapeurs-pompiers apparait en 1863 avec une demande faite auprès du conseil municipal pour l’achat de 18 tuniques à 31 francs, de 4 autres à 34 francs, de 20 casques à 14 francs et de 2 bonnets à 25 francs, de haches et même d’une épée ( en fait le lieutenant était équipé d’un sabre). Le corps se composait de 25 hommes et disposait d’un local où étaient entreposés la pompe à bras, les seaux en toile et les crochets à incendie. Cette année là il manqua de l’argent pour organiser totalement la subdivision (ainsi nommée) La commune endettée par de gros investissements (mairie, logements des instituteurs, construction du groupe scolaire) demanda « de l’aide » à la préfecture. (à suivre…)

 

Et maintenant une petite histoire de pompiers mais racontée en picard, avec l’accord de  Francis Darras, son auteur, natif d’Allery.

 

Min grand’père, il étouait pompier !!!

Min grand’père Eugène y travaillouait din in métier ed bos a s’moéson, autremint dit il étouait tisserand ché li. Ses pus grindes sorties ch’étouait d’aller keur sin travail, avec es’brouette à ch’magasin, inne pièche ed’jute pis d’el porter quand al étouait finite. Ch’étouait un t’chot homme tranquile, point bileux, point énervé, mais qu’à vu l’bout quand même. Mais min grand’père, il étouait aussi pompier. Ch’qu’il aimouait miu din ch’service, ch’étouait l’14 juillet, vu qu’o z’allouait d’café in café (y in avouait inne dizaine à Ary) et à chaque fouais, o buvouait inne bistouille et pi el’rinchette. El pu bieu, ch’étouait quand y avouait l’fu. Il intindouait chés cloques. I s’mettoait in t’nue et pis y partoait. L’temps de s’renseigner pis d’y aller, quant il arrivoait, ses collègues y buvoaitent déjo l’bistouille, aussi y s’mettouait avec ez eutes et pis y ram’nouait l’pompe. El pompon, o peut dire pour un sapeur, ch’est quand y yo yeu l’fu din sin quartier à troé moésons d’el sienne. Y n’o point intindu chés cloques, il a donc dormi comme un bienheureux. Pendant ch’temps lo, ses collègues y s’posouaitent des tchestions : Quoi qu’il o Eugène ? Es-ti malade ? Es-ti parti in congé ? Aussi, l’lindemain, ch’commandant, il a v’nu vir pour savoér ch’qui s’étouait passé.

- T’os été malade, Eugène ?

- Ba non, pourquoi ?

- Ya yeu l’fu chez Man’dine

- Ah bon ! on’n’me l’avouez point fouait dire !

- Voéyons chés cloques y z’ont sonnées !

Em grand’mère, qui falloait toujours qu’à s’mèle de ch’qui ne le r’béyouait point, al répond : « O voéyez Edmond, il est sourd comme un pot, y n’peut mi pu ête pompier »

- Ti, mèle-té d’tes affouaires, et pis d’abord, tu ne’z’o point intindu chés cloques ! Et pis alors, à sa bien passé ? et pis Man’dine c’min qu’alle-vo ?

- Pour o a été, mais tout l’monde y sa fouait du mauvais sang, pi t’bistouille a l’o resté, personne i n’o osé l’boère, des fouais qu’t’arrives. Ech’pu génant, il o fallu r’mener l’pompe et çà  on’n’on point l’habitude !

 

N° 4 - PETITES HISTOIRES D'ALLERY. Mois de mai 2018.

 

LE SAVIEZ-VOUS ? 

Fête d’Allery : Le jour de la sainte-Trinité

Jusqu’au milieu du XIXème siècle, Allery fut un lieu de pèlerinage très fréquenté. Le deuxième dimanche de juin, jour de la *Saint-Sauveur (aujourd’hui la Sainte-Trinité) les cultivateurs venaient nombreux des communes avoisinantes solliciter la protection du patron de la paroisse. Ils en attendaient, l’un une belle récolte, l’autre des bestiaux vigoureux et bons reproducteurs.  Dès leur arrivée, les pèlerins faisaient leurs dévotions à Saint Sauveur en le touchant avec une poignée de verdure, ou bien avec un bout de pain, ou même encore avec des instruments aratoires*.  L’usage était ensuite de faire plusieurs fois le tour extérieur de l’église, très recueilli, en priant, le missel à la main. On pénétrait enfin dans l’édifice, pour entendre le prêtre répéter l’évangile du jour. La cérémonie se terminait par une offrande.  Ce pèlerinage perdit progressivement la faveur des fidèles sous le Second Empire pour être complètement oublié après la guerre de 1870

 Saint-Sauveur, Sainte-Trinité les noms qui ont été donnés à notre église.  

 Instrument aratoire : outil manuel qui sert au travail du sol comme la bêche, la houe, la binette, la serfouette, mais aussi mécanique comme la charrue, la herse etc.



SAPEURS-POMPIERS (suite)


Pourquoi les sapeurs-pompiers ont-ils pour patronne « sainte-Barbe » L’an 254 de notre ère, Dioscore, roi païen, régnait sur Nicomédie en odieux tyran. Les chrétiens étaient l’objet de ses plus farouches persécutions. Même dans son entourage, tout le monde ne partageait pas sa cruauté, et sa propre fille, Barbe, avait été séduite par la religion des chrétiens, sans doute parce qu’elle y trouvait un refuge contre les mœurs brutales de son époque et celles de son père. Dioscore, furieux, la fit enfermer sous bonne garde dans une tour. Ce qui ne fit que la renforcer dans ses convictions. Au cours d’une absence de son père, elle réussit, au prix de mille ruses, à déjouer la garde et à faire pénétrer un prêtre dans sa tour, lui demandant de lui administrer le baptême. Au retour du roi, elle lui annonça hardiment sa conversion. Celui-ci, après une violente colère, lui ordonna d’abjurer cette religion qu’il combattait obstinément. Elle refusa. Alors, il la fit mettre en prison, chargée de fers, privée de nourriture. Cela ne servit à rien, Barbe n’abjura pas. Il la fit juger, condamner au supplice. Elle ne céda toujours pas. Pendant trois jours, sans une plainte, elle subit les tortures les plus atroces. Excédé, le père demanda au bourreau de le laisser lui-même décapiter sa fille. Mais, alors qu’il accomplissait ce geste horrible, un éclair immense vint frapper à mort le père monstrueux et disperser la foule apeurée, tandis que les chrétiens venaient chercher leur disciple pour lui donner une sépulture. Barbe avait été vengée de son affreux martyre par le feu du ciel. Au cours des siècles, elle sera invoquée par ceux qui voudront s’en protéger. Plus généralement Barbe deviendra l’éternelle patronne de tout ce qui brûle, éclate, fulgure et détonne. Les sapeurs-pompiers ne pouvaient mieux choisir leur patronne ! Ils la fêtent chaque 4 décembre.

L’histoire des sapeurs-pompiers (suite)


Le 25 février 1864 à 6 heures du soir le conseil municipal d’Allery fut convoqué pour une séance extraordinaire. À la suite de l’extinction d’un incendie les sapeurs-pompiers de communes voisines ont fait quelques dépenses pour rafraîchissement dans les différents débits de boissons du village. Considérant qu’il était naturel que ces frais incombent à la commune il fut demandé de prendre les moyens nécessaires pour assurer le paiement des 40 F et 45 centimes, somme non négligeable pour l’époque.

1870. La pompe à incendie du village On parle en 1881 d’une nouvelle réorganisation du corps. Il est surtout question de nouvelles dépenses ! La commune précise qu’elle possède déjà 2 pompes à incendie, un bâtiment pour les remiser, des effets d’habillement pour 25 hommes, qu’elle dispose de 2 clairons, aussi, elle ne voit pas la nécessité d’avoir un corps de garde (bâtiment) pour le moment (réclamé depuis de nombreuses années). Elle précise également que le service des clairons ayant été fait gratuitement jusqu’à ce jour il se repose sur le dévouement de ceux qui s’en chargent, elle ne prendra donc aucun engagement sur leur réparation ainsi que celle des armes détériorées. En cette année la commune ne possédant aucune ressource, aucun crédit ne sera alloué à titre de secours ou pensions aux sapeurs-pompiers victimes de leur dévouement, non plus qu’à leurs veuves ou enfants ! Nos braves soldats du feu devront aussi s’engager pour cinq ans. Il fallait avoir l’amour du métier ou de l’uniforme pour être sapeur-pompier en 1870 ! Pourtant l’effectif fut de plus en plus important. Cela amena la commune à trouver de nouveaux crédits pour le bon fonctionnement de cette « mini caserne ». Ce projet apparemment restera en suspens quelques années ...

L’an 1885. Le corps est toujours en cours de réorganisation M. le Maire appelle l’attention du conseil sur la future réorganisation de la subdivision des sapeurs-pompiers. Subdivision déficiente en grande partie par suite de l’inexécution de ses engagements, et donne lecture des instructions insérées dans le n° 13 du recueil administratif de 1874. Considérant qu’il s’agit d’un corps à réorganiser, nomme pour faire partie de la commission MM. Lefebvre Abel et Sinoquet Ernest, conseillers municipaux. Boucher Fortuné est nommé sous-lieutenant, Poiret Adonis : Sergent, Fourdrinier JeanBaptiste : caporal. 29 mars 1886. La réorganisation du corps est effective. M. le maire donne lecture du décret de M. le Président de la République en date du 5 de ce mois, qui porte sur la réinstallation de la subdivision des sapeurs-pompiers d’Allery. Le conseil a pris compte de cet exposé vu notamment l’article 29 du décret précité, qui énumère les dépenses auxquelles pourra donner lieu la réorganisation du corps. L’effectif devra passer à 41 hommes, nombre jugé indispensable pour la direction et la manœuvre des deux pompes fonctionnant simultanément. Le conseil prend l’engagement d’inscrire dans la session de mai, les ressources nécessaires pour le bon fonctionnement de la subdivision. Il vote un crédit de 100 Francs pour l’entretien des 2 pompes, le service des clairons ayant été fait jusqu’à ce jour gratuitement, il se repose sur le dévouement de ceux qui s’en chargent. Par contre, pour ce qui concerne la réparation, l’entretien et le prix des armes détériorées ou détruites, il ne prend aucun engagement, promettant de faire ce qui sera nécessaire lorsque la subdivision aura obtenu ces armes.

En 1893, la direction d’artillerie de La Fère tient à la disposition d’Allery : 2 sabres de canonnier modèle 1829, 30 modèles 1866 avec sabres baïonnettes, 3 jeux d’accessoires modèle 1866, 9 sabres baïonnettes modèle 1866 isolés. En 1899, 30 hommes devaient être habillés, équipés, indemnisés ce qui pèse de plus en plus lourd dans le budget communal. Une charge supplémentaire, qui fut aussi une nouveauté ; il fut amené à prévoir des pensions viagères aux sapeurs-pompiers victimes d’accident, ou à leur ayant droit. En moins de 10 années les choses avaient bien changé.

En 1905, l’effectif réglementaire fixé à 41 hommes par arrêt préfectoral parut trop élevé à notre commune. Une demande de réduction à 30 hommes fut accordée. Cela arrangeait bien le conseil municipal qui fit remarquer qu’il était en possession de 30 uniformes en bon état et qu’ainsi il se trouvait en mesure de conserver les cadres actuels sans aucune modification et sans obligation de recrutement. (à suivre)

 

Antoine DELESCOLE (suite)


Depuis le premier numéro de « petites histoires d’Allery » je vous parle des écrits laissés par Antoine Delescole, mais qui était-il vraiment, de où venait-il ? D’après Armand Maillard, son nom a sans doute pour origine un surnom tiré de la profession même de maître d’école. Cette profession devait être dans les traditions d’une même famille depuis quelques générations. Son journal nous fournit un exemple de ce genre : « Jeudi 26 juin 1698, la messe est chantée à l’intention du nommé Laforge, maréchal ferrant… » En fait Antoine Delescole est né au village de Fienvillers (près de Doullens) le 11 septembre 1671. Son père était Jean Delescole, sa mère Marie Jumel. Il fut « magister » à Coullemont dès l’âge de 24 ans. C’est ensuite qu’il arrive à Allery le 19 août 1701, date à laquelle commence son journal. Il reste à Allery jusqu’au 9 février 1713, date probable de sa mort. Aucune note de son journal ne nous dit comment il fut agréé dans l’une ou l’autre paroisse. Mais à Coullemont nous le voyons négocier pour obtenir un nouvel emploi dans un village voisin : « Je suis resté à Arras pour y être admis. Mr le curé m’y a accordé ainsi que Mr. Le bailly dudit lieu, les mêmes droits de magistrature et cléricature ». Ainsi a t-il exercé les fonctions de magister dans les villages de Hernaville et Thilloy (Pas-de-Calais) Antoine Delescole épouse au mois d’avril 1694, Marie « Mirouer » âgée de 36 ans qui décèdera en 1705. Ils eurent deux garçons en 1696 nommé Firmin et Augustin et 1698. Il épousera ensuite Marie Leblond âgée de 18 ans, fille de Jean Leblond et de Nicolle BlondGaret le 24 juillet 1706. Ensuite, naquirent 3 enfants ; une fille, Marie-Françoise le 27 août 1707, une deuxième fille Antoinette le 20 novembre 1708 et un garçon le 14 avril 1712. Delescole doit subvenir aux besoins de cette nombreuse famille. Le principal de ses revenus provient des droits de « clergie » et « d’escolage » Mais ces droits ne suffisent pas à équilibrer son budget.
Nous verrons dans le prochain numéro comment cet homme, érudit, a vécu ses années passées à Allery. Une nouvelle fois, ses écrits sont autant de témoignages sur la vie « de ce temps là » il y a plus de trois cents années (à suivre)

Ein t’chotte histoère ein Picard

Modeste Darras dit « Ch’Mawais » d’après (A. Lecointe) Modeste, il avoait un tchien, un mawais d’étchien ! I n’feusoait qu’és seuver. I n’y avoait point énne jornée sans qu’o viénche vir Darras, rapport à sin tchien. Un queud, v’lo qui mord quéqu’un d’éch poéyis. Cht’homme in colére, I s’amène vir Modeste : - Voés-tu ch’qué tin tchien I m’o foait, qui dit à Darras, in r’montant sin patalon - -C’mint o ? min tchien I vous o mordu ? Bé I n’est point dégouté…

 

RETOUR SUR L'ECOLE

 

Après le passage d’Antoine Delescole dans notre village (un magister autant au service de l’enseignement que de la religion) des règlements émanant du Diocèse d’Amiens devront être mis en application dans toutes les communes. Je ne puis m’empêcher de vous transmettre un « condensé » de ceux-ci : Règlements pour les maîtresses d’école du Diocèse d’Amiens en 1746 : Mgr Louis François Gabriel d’Orléans de la Motte promulgua de nouveau les règlements en vigueur, avec quelques adjonctions et modifications : « Nous enjoignons aux maîtresses d’école de notre diocèse : 1. d’ouvrir et commencer chaque jour les écoles de 8h du matin jusqu`à 11h 1/2, excepté les dimanches et fêtes, et de ne donner que le congé que le jeudi après-midi, lequel ne sera pas accordé quand il y aura quelque fête dans la semaine ; 9. De tenir dans la propreté convenable les nefs et chapelles des Églises, de les balayer toutes les semaines, et d’avoir soin que les autels des dites chapelles soit décemment parés ; 11. De ne pas s’absenter des paroisses où elles sont établies, et d’y être extrêmement assidues aux Offices et aux Écoles... 


Règlements pour les maîtres d’école du Diocèse d’Amiens en 1746 : Les maîtres d’école n’étaient nommés que pour une année, « Nous enjoignons aux clercs séculiers, maîtres d’école de notre diocèse : 1. de nous envoyer exactement chaque année, au temps de notre synode, leurs institutions pour être renouvelées, avec certificats de leurs curés, contenant qu’ils se sont bien acquittés de leurs obligations, et qu’ils auront mené une vie exemplaire ... 2. D’ouvrir et de commencer chaque jour les écoles à 8 heures du matin jusqu`à midi, et à 2 heures après– midi, jusqu`à 5 heures ... 3. De conduire chaque jour les enfants à la messe ; 11. D’avoir soin qu’il y ait toujours dans chaque paroisse quatre enfants de chœur bien instruits pour servir la messe, faire les génuflexions ou inclinations au temps et de la manière convenable, chanter les versets des vêpres, qui leur seront donnés par écrit ... Les enfants seront dimanches et fêtes, revêtus de robes de serge rouge sans manches, d’aubes, bonnets carrés ou camails, ... par les clercs, qui seront obligés de cirer, tous les samedis, le marchepied de l’autel, d’écurer souvent les bassins et burettes ; d’ouvrir et de fermer, aux heures convenables, les portes tant de l’église que du cimetière, et de prendre garde que ce dernier ne soit profané par les bestiaux ; 13. De chanter les Offices avec gravité, mélodie et dévotion ... 17. De ne jamais carillonner d’airs profanes sur les cloches, qui ne sont bénites que pour faire retentir les louanges de Dieu ; 18. De ne jamais s’absenter des paroisses où ils sont établis, sans une permission de leurs curés ; de ne point assister aux banquets des noces qui s’y font et de s’abstenir de tout excès de boisson, en quelque temps et lieux que ce puisse être ; 19. D’avoir toujours les cheveux courts, et un porte collet et jamais de cravate 20. De s’appliquer uniquement aux devoirs de leur profession et de ne pas les négliger pour s’employer à différents ouvrages ou trafics.

Pendant ces années (1729-1793) et jusqu’à la Révolution, Allery a connu trois instituteurs aux noms évocateurs : Jacques Dieu (1730-1758) – Jacques Quatrelivres (1730-1758) et Jacques Lheureux (1758-1793).


                                                 

Ecole des filles 1931-1932


Debout de gauche à droite : Georgette Bruyer – Marie-Thérèse Lachat – Marie-Thérèse Poiret – Geneviève Carpentier – Renée Dague – Jeanne Vacossaint – Bernadette Maurice – Lucette Leclerc

Rang du milieu de gauche à droite : Raymonde Miannay – Geneviève Choquart – Yvette Bruyer – Ginette Hiver – Lucette Boucher – Léa Davergne – Arlette Poiret

Assis de gauche à droite : Ginette Brassart – Nadège Darras – Eloïse Desjardins – Ghyslaine Darras – Françoise Niquet – Nicole Darras – Pierrette Brunet – Yvette Boucher – Denise Darras – Liliane Poiret

                                                                 

PETITES HISTOIRES (Suite)

 

17 avril 1840. Ce n’est pas bien çà ! Dans la nuit du 6 au 7 de ce mois, des malveillants se sont introduits dans le jardin de JeanBaptiste Bourgeois, tourneur, et ont enlevé deux ruches à miel et les ont jetées dans la rivière d’Airaines où on les a retrouvées le lendemain. Cet acte de lâcheté ne peut être attribué qu’à un acte de vengeance. 

10 juin 1840. – Ouverture du chemin de la Messe.

15 octobre 1841. Prédicateur. Décidément la philosophie fait irruption dans les campagnes, jusque dans notre humble commune ; oui à Allery même ! Un prédicateur fut envoyé chez nous afin de prêcher et préparer à la confirmation. Or, il paraît que plusieurs personnes se sont présentées pour lui soumettre diverses objections. L’apôtre n’aurait pas cru devoir répondre, ou bien aurait esquivé les questions. Mais le jour suivant il a pris sa revanche, il s’est élevé dans la chaire contre les prétentions des Voltairiens et il a continué à déclamer en disant qu’il y avait aussi dans Allery, non des philosophes à gros grains mais des philosophes en bonnets de coton et à galoches. « Je ne suis donc pas surpris, s’est écrié le prédicateur, de trouver les enfants de la commune élevés à la Jean-Jacques* ! » A cette apostrophe, grande rumeur dans l’église et récriminations sourdes, surtout chez les femmes indignées, et se disant que pour une seule famille dans la commune, il ne fallait pas que tout le monde souffrit et fut signalé ainsi. En fait les femmes croyaient que le missionnaire avait voulu comparer la conduite de leurs enfants à celle des enfants d’un habitant appelé Jean-Jacques de mauvaise réputation. L’indignation a été telle que le malencontreux prédicateur a été sur le point d’être molesté par une ambassade féminine. Avis aux prédicateurs… 


 Il s’agit évidemment de Jean Jacques Rousseau, écrivain et philosophe qui avait une opinion très personnelle sur la façon d’éduquer les enfants

26 mai 1842. – Demande le la commune au Préfet pour une demande d’aménagement de l’école : La maison d’école est trop petite, trop vétuste. La pièce affectée à l’instituteur également. La classe est malpropre et est loin d’avoir les dimensions nécessaires pour recevoir 148 élèves s’y entassant l’hiver et qui respirent un air malsain. Il serait urgent et indispensable de construire une autre classe (archives municipales). 

26 juin 1842. – Non mais ! M. Boutillier, berger à Allery était dernièrement à garder son troupeau près d’un bois, lorsque tout à coup il en vit sortir un étranger, qui le somma de donner de l’argent ou des moutons. Ets-vous fou lui dit le berger ? Non répondit l’autre et en même temps il lui réitère sa demande. Sur le refus du berger l’individu s’avance vers lui et avant qu’il ait eu le temps de se mettre en défense, lui assène un coup de bâton qui le renverse par terre ; le berger se relève, s’élance sur son adversaire, mais le manque, celui-ci se précipite à nouveau sur le berger qui esquive heureusement le coup en se jetant par terre, l’étranger s’éloigne tout à coup mais empoigne un mouton ; le berger le voyant faire, lâche son chien et se met à sa poursuite armé de sa houlette, l’ayant joint il veut l’en frapper, mais le maladroit manque encore le voleur et frappe à la place son pauvre chien qui de douleur laisse aller le voleur qu’il tenait par l’habit. Une lutte vive s’engage entre le brigand et le berger ; elle dura heureusement peu, le berger ayant asséné un terrible coup de houlette sur la tête du voleur, le jeta par terre sans connaissance et reprit son bien. Il revint quelques instants après vers le voleur mais celui-ci avait disparu. Il est probable qu’il aura jugé à propos de décamper sans tambour ni trompette.

22 septembre 1843. Instituteur. Allery a besoin d’un instituteur-chantre, sa population est de 1000 âmes environ. L’instituteur reçoit un bon casuel d’église, des rétributions en grand nombre et un traitement fixe, qui, joints à l’indemnité de logement, lui peuvent assurer, s’il est capable, une position honorable.

29 avril 1892. Cavalcade. Un de ces derniers dimanches, Allery a eu une splendide cavalcade dont il faut que je vous parle ; car il y a eu une foule de choses très réussies à citer : Le char forestier, planté d’arbres ; une fouine vivante cherchant des œufs et les gobant sans vergogne devant la foule. Un renard blotti dans un coin s’amusait moins. Ces deux animaux avaient été pris la veille au piège. Enfin un lapin, emprisonné dans un collet aurait préféré être ailleurs, il servait à représenter une scène de braconnage. Le braconnier allait mettre la main sur lui au moment où le garde apparaissait ; et cela faisait un tableau vivant très pittoresque. Le char de l’agriculture avec les batteuses de beurre, les vaches, les moutons, les veaux, les porcs qui le remplissaient était très curieux ; très curieux aussi, quoique d’un autre genre, le tisseur à main. Une agréable fanfare se faisait entendre, et une musique (musicien) en blouse bleue et bonnet de coton jouait des airs qui n’étaient pas indifférents. 

20 février 1931. Chasse à courre et curée Dernièrement avait lieu dans les environs d’Allery une chasse à courre. Traqué depuis des heures, le malheureux chevreuil venait se faire tuer aux abords d’Allery. Et alors commença la curée. Sonnez ; sonnez les cors, la curée va commencer. Le chevreuil fut dépecé et ses entrailles livrées aux chiens. C’était, vous en jugez, un beau spectacle, mais où donc se passait t’il ? A Allery devant le monument aux Morts ! Devant son piédestal, impassible, le poilu regardait le spectacle qui aurait pu lui en rappeler d’autres semblables. Jusqu’à ce jour, il y avait toujours été interdit à Allery, même de jouer devant le monument aux Morts. Pour changer la mode, on aurait pu choisir un autre spectacle, M. le Maire (418PER4)



 

Curée du 20 février 1931. (On croit reconnaitre Philippe de Hautecloque, le futur Maréchal Leclerc, chapeau et mains dans les poches)

 

 N° 5 - PETITES HISTOIRES D'ALLERY. Mois de juin 2018.

 

LE SAVIEZ-VOUS ? 

Comme chacun sait, Allery se trouve en Picardie, il est bon, peut-être, de le rappeler, car dans quelques décennies on l’aura vraisemblablement oublié ! Mais au fait, d’où vient le mot PICARDIE ? L’origine du nom de notre belle province reste indécise ; toutefois s’il fallait choisir entre diverses conjectures formées par les étymologistes, au lieu de nous arrêter à l’oiseau appelé « pic » qui se trouvait en grand nombre dans notre région, comme au bourg de Picquigny, ou au bourg de Poix (en latin Picum) et d’autres suppositions, la plus vraisemblable viendrait que dans notre contrée, des soldats se servaient de « Piques » pour aller au combat, ou faire respecter la loi, d’où l’appellation « Picard » puis « Picardie ». Une qualification qui n’est devenue populaire qu’au 13ème siècle. Mais comment est perçu le caractère des « Picards » ? Nous serions gais, humains, généreux, sobres, sincères, francs et laborieux… (Jusque là : çà va !), mais nous serions brusques et entêtés… (Mais çà, ce n’est pas vrai !) Un des traits caractéristiques des Picards, c’est l’amour de l’égalité. Tout cela a été dit il y a … quelques centaines d’années… A vous de juger ! 


TRADITIONS DISPARUES :  LE MAI

On sait (ou pas) que les Romains organisaient souvent des floralies ou cortèges. La jeunesse se rendait au bois et coupait des rameaux pour orner les maisons. Plus tard, dans les chansons de geste du 12ème siècle, on chante le mois de mai, en raison de l’amour pour la nature, de son éternel renouveau. On glorifie le printemps qui succède à l’hiver dans tous les pays et à tous les âges. Au Moyen-âge le paganisme* avait consacré le mois de mai au repos. Mais tout le monde ne le voyait pas ainsi, le concile de Milan, par exemple interdit en 1579, de couper des arbres avec leurs branches le 1er mai, de les promener dans les rues et de les planter ensuite avec des cérémonies folles et ridicules. Mais dans un temps pas si lointain, à Allery notamment, les jeunes armés de serpes, ficelles, échelle, marteau, clous et rubans, après être allés dans les bois couper des branches de sapin, se rendaient dans la nuit du 30 avril au 1er mai au domicile des jeunes filles pour y accrocher leurs mais. Celles-ci attendaient avec impatience et fébrilité le réveil du matin du 1er mai, pour constater si leurs espérances étaient exaucées (prétendant, amoureux etc.). Les mais étaient accrochés, pour des raisons stratégiques, au plus haut sur les portes cochères, grand’ portes ou barrières. Seules les jeunes filles âgées de 14 ans à 25 ans et qui n’avaient pas de petit ami pouvaient espérer se voir honorer. Les « accrocheurs » étaient bien reçus par les parents qui ouvraient leurs portes pour boire un verre de cidre. Etaient rares les parents grincheux. Cette « cérémonie » pouvait durer plusieurs semaines. La tradition a eu quelques « variantes » au fil du temps, ainsi seul le prétendant était autorisé à entrer dans la maison, ou une branche d’épines blanches accrochée la semaine suivante était synonyme de remerciements. Comme je le signalais plus haut, l’essence la plus utilisée était le sapin, mais en « esmayant » une fille (en accrochant un mai), les garçons ont pendant longtemps adressé des messages dont les significations avaient leurs importances ; comme une branche de charme (tu me charmes), une branche d’aubépine (je t’estime), du laurier rose (déclaration d’amour) une branche de bouleau (désir amoureux). Mais parfois le
message pouvait être injurieux, ainsi une branche de sureau (séiu en picard) voulait dire « tu pues », même le sapin, pourtant le plus couramment utilisé, avait naguère une autre signification, vous devinez laquelle ! etc. (Il y en a d’autres que je ne citerai pas).

Paganisme : terme employé par les chrétiens depuis le VIème siècle pour désigner ceux qui ne sont ni chrétiens, ni juifs (païens).

 

SAPEURS-POMPIERS (suite)


28 octobre 1932. 100ème anniversaire de la pompe! La subdivision des sapeurs-pompiers d’Allery a fêté dimanche le centenaire d’une de ses pompes. Suivant le programme établi, la subdivision était passée en revue à 14 heures sur la place de la Mairie, par le lieutenant Blondin, en présence de M. Delachanal, maire, entouré de son conseil municipal. Sous leur uniforme flamboyant de neuf, les braves soldats du feu avaient vraiment belle prestance et, étaient fiers de sortir astiquée et parée comme il convient en pareille circonstance, leur pompe centenaire à laquelle deux pompiers, sous l’ancienne tenue, tablier et gants de cuir blanc avec bonnet à poils, faisaient une garde d’honneur. Après avoir décoré le sapeur-clairon Armand Leblond de la médaille de bronze pour ses 15 ans de bons services, M. Delachanal, maire, prononça une allocution dans laquelle il rappela l’acquisition de la pompe. On n’avait auparavant, dit-il, que des seaux pour éteindre les incendies. Aussi, généralement, lorsqu’un sinistre éclatait, les maisons alors couvertes en chaume, étaient vouées à une destruction presque certaine. C’est à la suite d’une série de semblables sinistres, que le maire, le chevalier Dufour, ancien sergent de la garde, décoré de la Légion d’Honneur à 23 ans, réunit le 22 mars 1832, son conseil pour lui proposer l’acquisition d’une pompe. L’achat fut fait au prix de 650 francs à la maison Doliger à Abbeville, le département intervenant pour une somme de 150 francs dans la dépense. La pompe qui rendit les plus grands services, dans de nombreux incendies, est aujourd’hui encore en fort bon état. LE DEFILE : Ayant remercié les personnalités présentes, et félicité les sapeurs-pompiers de leur belle tenue, M. Delachanal donna le signal du départ au cortège qui allait accompagner la pompe centenaire dans sa promenade à travers les rues de la commune. Au cours de ce défilé de nombreuses haltes permirent à la fanfare de faire entendre les meilleurs morceaux de son répertoire, sous l’habile direction de son dévoué chef, M. Caullery. Entre-temps, de jolies vendeuses d’insignes, au sourire irrésistible, firent de bonnes recettes au profit de la caisse des pompiers. Ce défilé, d’une réussite parfaite, tout à l’honneur de l’organisateur, le lieutenant Blondin, ne devait prendre fin qu’à la tombée du jour. Le soir, à 9 heures, pour le bal gracieusement offert par la subdivision, la salle Nourtier était littéralement envahie, tant par la jeunesse que par les nombreux amis des pompiers, de tous âges, qui voulaient ainsi prouver en quelle estime ils les tenaient. Tous sympathisaient et ne tarissaient pas d’éloges, tant pour les pompiers, héros de la fête, que pour la fanfare dont le précieux concours ne fait jamais défaut (418PER7). A suivre…
Antoine Delescole (suite) Dans les précédents numéros de « mes petites histoires » j’ai évoqué le « petit trésor » que représentaient les écrits d’Antoine Delescole. Ils permettent de nous plonger dans le passé, de découvrir et mieux comprendre la vie des habitants de notre petit village il y a 300 ans… Antoine Delescole avait en fait plusieurs « métiers » Après celui de Magister (maître d’école) Clerc-laïc (chantre), il était aussi greffier ; il rédigeait fidèlement tous les actes de baptême et de mariage auxquels il assistait, ainsi que les actes de décès, ainsi notait-il dans son journal : (écrit en vieux français) Samedy 5 juillet 1710 - furent baptisées deux enfants légitimes nées d’hyer à Jean Brunel de Louise Dufour, sa femme, scavoir un garçon et une fille, par Mr de StFourcy ; On leur a donné seulement les Saintes huylles et les prières et cérémonies ordinaires dans l’église, ayant éstée baptisés en la maison par la sage-femme nommée Louise Gallet.. Il était à l’occasion Sacristain : Samedi 28 avril 1703, Je fus à Abbeville avec Mathieu Dufour et Thomas Boulanger pour les affaires de la fabrique d’Allery. J’ay payé pour les conseils et nos dépenses : cinquante six soles et trois deniers, m’en tenir compte. Dimanche 13ème jour de May 1703, j’ai vendu le pain des trépassés et adjugé à Jean du Vauchelle le jeune, pour 10 sols moins un liard et le pain bénit à Nicolas Cahon pour 2 sols 3 deniers, le tout reçu. J’ai baillé à blanchir les linges de l’Eglise et tout ce qu’il y a à lessiver à la femme Henri Sinoquet. Je luy ai payé pour cela 24 sols que j’ay eu en mes mains du pain des trépassés, que j’ay vendu, moy Antoine Delescole etc. Nous verrons dans un prochain numéro, que ses activités ne s’arrêtaient pas là. Une chose est certaine concernant Antoine Delescole, c’est qu’il ne faisait rien gratuitement, avec lui « toute peine méritait salaire »

 

PETITES HISTOIRES


28 septembre 1842. Demande de Mme Margueritte Magnier, veuve Gayet, d’ouvrir une entrée donnant sur la départementale 8 (départementale Airaines-Oisemont aujourd’hui). Elle est propriétaire d’un moulin à vent, le moulin d’Avesnes situé à la Croix du Doyen (future cavée Charles Sueur). 7 janvier 1844. Depuis quelque temps la commune d’Allery est le théâtre de graves désordres auxquels la révocation de l’instituteur a donné lieu. L’instituteur révoqué exerce maintenant comme instituteur privé, et ses partisans qui sont très nombreux dans la commune, n’ont pas cessé, à ce qu’il paraît, de se livrer à des manifestations fort répréhensibles, surtout depuis l’installation du nouvel instituteur communal. Un procès verbal a été dressé contre un certain nombre d’individus signalés pour avoir poussé au désordre et troublé la tranquillité publique par des chants injurieux, très souvent accompagnés de huées. Le procès-verbal d’après lequel l’instituteur révoqué est considéré comme le principal investigateur de ces tapages, ayant été adressé à M. le procureur du Roi, ce magistrat s’est de suite transporté sur les lieux accompagné de M. le Juge d’instruction et de la gendarmerie. On ajoute même qu’un détachement de carabiniers, en garnison à Abbeville, avait reçu l’ordre de se tenir prêt pour être à même de se rendre en toute hâte à Allery. Mais tout s’est passé dans le calme. La justice ayant pensé qu’il n’y avait pas lieu de
poursuivre correctionnellement les individus, les condamnations furent légères. A la suite de ce tintouin le curé (desservant) est tombé gravement malade : on attribue son indisposition au chagrin qu’il a de voir ses paroissiens divisés et acharnés les uns contre les autres (Progrès de la Somme)

9 mai 1844. Les Cabris et les Baudets ! La querelle relative à l’ancien instituteur continue. Le parti qui le soutient est appelé le « parti des Baudets » Le parti contraire des Baudets est désigné « Le parti des Cabris » Les Baudets font assez bon marché de leur homme, ils ne demandent pas qu’on le rétablisse dans ses fonctions ; mais ils veulent supplanter le nouvel instituteur, sauf à faire nommer ensuite n’importe qui. Les Cabris ont bonne tête, ils résistent et ne rompent pas d’une semelle. La comparaison entre les deux instituteurs est au total, toute à l’avantage du nouveau, ancien élève de l’école normale et qui fait parfaitement sa classe. Espérons que les Baudets finiront par se transformer en Cabris.

1er juillet 1855. Us et coutumes Les usages et coutumes des localités offrent des traits saillants dont l’étude est toujours intéressante sous tous les points de vue qui peuvent intéresser l’histoire, le commerce, l’industrie. A Allery, le mardi de la fête patronale qui avait lieu il y a huit jours, est spécialement consacré à la réunion des ouvriers tisserands qui, après s’être rendus en corps à la messe chantée en leur intention, se groupent autour de leurs patrons pour renouveler leur engagement. L’industrie du tissage se développant considérablement dans ce village il y avait foule cette année, les ouvriers de dix à douze communes s’y étant rendus ; quelques maisons de Paris y sont représentées par une masse de travailleurs ; on nous cite aussi une nouvelle maison qui s’est fondée cette année même, sous la raison : *André frères ; les ouvriers on profité de la circonstance du jour pour offrir un bouquet à ses fondateurs et leur famille, et la fête s’est prolongée, très avant dans la nuit, la plus franche cordialité n’ayant cessée de régner parmi cette foule de travailleurs. 7 mai 1856. Mairie d’Allery. Règlement de Police sur les cabarets Vu les lois de 1790 et du 18 juillet 1837, considérant qu’il importe dans l’intérêt de l’ordre de la morale publique de mettre obstacle aux abus qui peuvent se produire dans les cafés et cabarets de la commune : Ces lieux devront être fermés à 9 heures et demie du soir du 1er avril au 30 septembre et à 8 heures du soir du 30 septembre au 31 mars. A la fête locale qui se compose du dimanche, lundi, mardi et jeudi suivant, ils pourront rester ouverts jusqu’à onze heures et demie du soir. Aucun cabaretier ne devra permettre chez lui les jeux de hasard ni tenir ouvertes des chambres avec des lits appelées vulgairement : cabinets noirs etc.

20 juin 1857. Cathédrale à Allery ? Les étrangers qui n’ont point vu Allery depuis plusieurs années sont émerveillés des embellissements qui se sont accomplis dans l’église. Grâce à la générosité de quelques habitants, l’intérieur de cette antique monument a pris l’aspect d’une petite cathédrale : les
fonds baptismaux sont magnifiques, quelques tableaux qui ne sont pas sans mérite, décorent les murs ; on y remarque entre autres un superbe chemin de croix, un buffet d’orgues dresse ses tuyaux en face du chœur et l’ophicléide résonne à côté des chantres. Ce n’est pas tout, deux habitants de la commune, messieurs François Poiret et Zaccharie Mullier, ont cru qu’il fallait compléter le temple par un assortiment de cloches graves, et ils ont largement pourvu de leurs deniers. La bénédiction aura lieu prochainement, madame Bourgeois, née Dammonneville en sera la marraine. Ce ne serait rien encore si la piété des paroissiens n’était montée à l’unisson suite à ces améliorations. Le prêtre, qui naguère encore officiait en la présence de ses chantres, presque seuls, voit aujourd’hui les bancs occupés par l’affluence des fidèles. Le Saint-Sauveur dont l’image grossièrement sculptée est l’objet d’un pèlerinage assidu, a un grand mérite, celui de faire une concurrence redoutable aux compagnies d’assurances contre l’incendie. Jamais Allery ne fut désolé, ni par le feu, ni par l’épidémie. Ne dites pas aux habitants que c’est à cause de leurs soins, de leur propreté, de leur vigilance : ils ne vous croiraient pas et feront amende honorable au Saint qui sauve de ces fléaux. (Pilote de la Somme)

28 juillet 1857 – Construction d’un beffroi à l’église.

 

Retour sur l’école

Ecole des filles 1931.

Debouts, de gauche à droite : Denise POIRET – Marie-Thérèse LACHAT– Eloïse DESJARDINS – Françoise FOURDRINIER – Huguette DEMACHY –Suzanne SELLIER –Liliane BRASSART Rang du milieu de gauche à droite : Denise TERNOIS – Alberta DEVERITE – Jacqueline MORGAND – Lydie DARRAS – Paulette DEVERITE

Assises, de gauche à droite : Raymonde MIANNAY – Ginette BRASSART - Nicole DARRAS – Réjane NIQUET – Renée DEMACHY – Yvette BRUYER – Georgette BRUYER – Françoise DARRAS – Fernande VAQUEZ


Ein t’chote histoére in Pitchard Ci-après, une histoire rapportée par Arthur Lecointe concernant Modeste Darras personnage truculent, qui avait le don de faire des farces à ses contemporains, même si celles-ci étaient parfois d’un goût… suspect !

Qu’est-che qu’o dit qu’étoais mort ? Un queu, su l’vépe, in plein hiver, Modeste s’édmandoait qué farce qu’il allouait bien ingigner. I il vient à l’idée d’foaire accroére qu’il étoait mort. D’accord avec Roasalie, s’fanme, I s’imbrongne és’téte éd’frainne, I s’intorsille dins in drop, pis I s’couque. Sitôt qu’o n’a pu vu clair, pis qu’oz a cminché à alleumer chés lampes à crasseu, vlo Rosalie qu’alle crie ch’commis pour I dire qu’ech’moaite I vnoait d’avoér du mau, pis qu’il étoait arrivé malheur. Vlo ch’commis parti el’dire à chés voésins qui s’dépèqu’te d’accourir. Quand’i sont arrivés dins l’chambre qu’alle étoait éclairée par ènne bougie, i zon vu Rosalie in route à braire, atcheutée su ch’lit. Modeste, s’téte mutchée sous ch’drop, Il intindoait chés gins qui disoait’in bréyant : Qué malheur ! Quoi qu’oz allez dvénir ? Au bout d’in momint Modeste, I ‘foait ni ènne ni deux, intorsillé din sin drop, I s’lève d’énne ébondie pis I s’met à crier : Qu’est-che qu’o dit qu’j’étoais mort ? Vlo chés gins qu’ils ont peur ; chés fanmes I foait’té des cris d’Hébreu. I tchulbut’t el tab éd nuit, el bougie qu’a s’éteint in tchéyant. I finit’té par trouver l’porte é pis s’seuver. Modeste et pis Rosalie I n’ont bien ri avec ech’commis et pis on n’o bien dvisé dins ch’poéyos.

Population d’Allery La population de notre village a beaucoup fluctué depuis 300 ans. Si en 1698 Allery comptait 400 habitants dans sa partie *Vimeu et environ 50 habitants dans sa partie Ponthieu, notre petit bourg compta jusqu’à 1262 habitants en 1890. La création de la voie ferrée en 1871, l’activité locale (tissage) en pleine progression, justifient cet accroissement de population. Puis la concurrence industrielle arrive, l’exode d’une partie des tisserands et les vides laissés par la guerre 1914-1918 font qu’Allery perd une partie de sa population pour revenir à 960 âmes en 1921. Aujourd’hui, en 2018, notre village compte un peu plus de 800 habitants, mais les prochaines et nombreuses constructions d’habitations laissent espérer une nouvelle hausse de sa population. *Encore aujourd’hui nous avons du mal à situer notre village : est-ce dans le Ponthieu, dans le Vimeu, dans l’Amiénois ? Se trouvant à l’extrémité de ces trois régions, Allery est « balloté » au gré des décisions politiques. A cette époque (fin du XVIIème siècle) Allery-Ponthieu faisait partie de l’intendance de Picardie, de l’élection d’Abbeville, du bailliage d’Amiens, de la sénéchaussée de Ponthieu et du grenier à sel d’Abbeville et Allery-Vimeu faisait partie de l’intendance de Picardie,
de l’élection d’Amiens, du bailliage d’Amiens. Le grenier à sel était à Amiens, puis à partir de 1726 à Abbeville. Allery était ainsi coupé administrativement en deux.



L’église de la Sainte-Trinité (suite texte N°1)

 

Qualifiée de remarquable par M. Pringuez dans sa Géographie historique et statistique du département, elle présente un aspect monumental. Elle est composée de 3 parties : le chœur de 18 mètres sur 7,75 mètres, comprenant le chœur proprement dit, l’abside et la chapelle seigneuriale ; la nef de 14 mètres sur 7,75 mètres et le clocher construit hors d’œuvre à l’ouest. C’est une tour carrée de 6 mètres de coté et de 20 mètres de haut, surmontée d’une flèche et à laquelle est accolée coté sud-est une tourelle octogonale de 25 mètres. Aspect extérieur : Les murs épais de 90 centimètres sont soutenus par 14 contreforts puissants, enserrant les 13 fenêtres : 12 contreforts identiques mesurent à la base 1 mètre de largeur sur 1 m35 de profondeur, 2 plus importants se situent à la jonction du chœur et de la nef, large au nord de 1m10, au sud de 1m25 car incluant dans sa base un escalier de pierre. Le contrefort renforcé nord est décoré en son sommet d’une rosace, son voisin de droite d’un oiseau sur une branche. Au sud un contrefort de la nef porte encore la sculpture d’un cadran solaire ; un autre la sculpture d’une étoile à sept branches et d’un animal au galop. Le chœur est un peu plus haut que la nef, la toiture en est séparée par un pignon de pierre qui était initialement surmonté d’une croix de pierre. Cette antéfixe (comme on dénomme les motifs architecturaux placés sur les toits) s’étant désagrégée avec le temps fut enlevée au début du 20ème siècle. Signalons au passage que cette différence de niveau, fréquente en Picardie, concourt à l’élégance de l’édifice. Certains auteurs attribuent cette différence au fait que le chœur était édifié au frais du seigneur alors que la construction de la nef aurait été à la charge des habitants ! Outre que la différence de 1 mètre ne devait guère représenter un surcroît de charge significatif, on ne voit guère à la lecture d’inventaires du 18ème siècle mettant en évidence la pauvreté de la population alléroise comment moins d'une centaine de tisserands ou de manouvriers aurait pu réunir de tels fonds ? (en 1709 Allery comptait 107 feux) Pour clore ce chapitre il est nécessaire de dire quelques mots sur les graffitis taillés sur les murs. Deux grandes catégories coexistent, les modernes et ceux antérieurs au 20ème siècle. Les premiers se résument en général à la gravure d’un nom, d’un prénom, parfois ils sont datés d’un millésime ou de l’inévitable faucille et marteau. Plus intéressants sont les graffitis anciens : ce sont des croix ou crucifix dont l’un comporte une échelle, des roues, quelques moulins à vent sur pivot tournant, deux coqs, un visage et surtout un nombre impressionnant de mains aux doigts écartés (J’y reviendrais dans un prochain numéro).

 

                                                                                             

 

N° 6 - PETITES HISTOIRES D'ALLERY. Mois de juillet 2018

 

SAPEURS-POMPIERS (suite)


En 1906, on relève dans une délibération : vu le laisser aller regrettable existant depuis un certain temps dans la subdivision, en ce qui concerne la discipline et les absences de plus en plus nombreuses de certains sapeurs-pompiers, lors des manœuvres notamment, considérant que la cause de cet état de choses peut être impliqué à la négligence du lieutenant M. L. le maire et le conseil municipal rappellent celui-ci à ses devoirs et demande qu’au besoin lui soit fait l’application de l’article 32 du décret du 10.09.1903. (Nous ignorons le contenu, mais le lieutenant L. risquait d’être déchu de ses fonctions)!). 8 août 1909, M. le maire expose que pour les années 1909 et 1910 la prestation individuelle accordée aux sapeurs-pompiers étant remplacée par une taxe vicinale, il conviendrait d’accorder une indemnité équivalente à la prestation individuelle dont ils étaient exonérés habituellement. 15 juin 1914. Le conseil municipal s’est réuni sous la présidence de M. Delachanal, maire d’Allery. La séance ouverte le maire rappelle que la subdivision des sapeurs-pompiers demande avec instance à être pourvue de casques. Le devis de la maison Tiffeneau à Jouy est présenté aux conseillers et parait offrir les conditions les plus avantageuses. Après avoir délibéré le conseil est d’avis de doter les sapeurs-pompiers d’un casque réglementaire avec plumet, modèle de la ville de Paris. Le montant s’élève à 378.60 F. Pour y faire face le conseil décide de prélever sur le crédit inscrit à l’article 27 du budget supplémentaire de l’année courante une somme de 283.50 F. Pour le surplus le conseil décide de faire appel à la générosité de la caisse départementale de secours contre l’incendie. Année 1918. Le conseil considérant la solidité du drap bleu horizon, est d’avis d’acheter cette étoffe et de faire confectionner les uniformes des sapeurs-pompiers avec pantalons tombants. 21 juin 1920. Le président du conseil municipal expose aux conseillers qu’il aurait lieu de pourvoir une tenue aux sapeurs-pompiers dont les effets ont été réquisitionnés pour les services de l’armée en 1914. Une dépense de 4500 F est nécessaire. Malheureusement la commune n’a reçu qu’une indemnité de 912,50 F. Il en résulterait un préjudice de 3500 F. Considérant qu’il est indispensable de pourvoir d’une tenue les soldats du feu, que les effets étaient presque à l’état neuf, qu’il ne serait pas juste que la commune subisse un tel préjudice, décide de restituer la somme de 912,50 F à l’état, somme qu’il juge insuffisante, et de solliciter celle-ci pour l’attribution de 30 uniformes. Il demande à M. le Préfet de vouloir faire auprès de l’administration centrale toutes les démarches nécessaires pour obtenir satisfaction. 18 novembre 1920. Le conseil municipal considérant que les fusils, sabres, baïonnettes et ceinturons que détenaient les sapeurs-pompiers de la commune ont été repris par l’autorité militaire en 1914, et désirant rendre à la subdivision des sapeurs-pompiers l’éclat d’autrefois, décide de solliciter de l’autorité militaire le prêt de: 30 fusils d’un modèle ancien, 30 sabres-baïonnettes et 30 ceinturons, et prie M. le Préfet de vouloir bien intervenir auprès des autorités compétentes pour que satisfaction lui soit donnée le plus tôt possible. 9 septembre 1921. M. le maire propose à l’assemblée en vue du rééquipement des sapeurspompiers, d’effectuer l’achat aux Fonderies et Ateliers du Ponthieu, de 25 uniformes requis en 1914 au pris moyen de 80 F l’un. Considérant à la fois la nécessité de pourvoir d’effets les sapeurs-pompiers, et le prix avantageux consenti par le fournisseur, l’achat aura bien lieu.
8 août 1925. M. le maire expose au conseil que les sapeurs-pompiers de la subdivision d’Allery dont les noms suivent : Mullier Georges, Henri, sapeur, Vacossaint Émile, Albert, caporal ont reçu dernièrement en récompense de leurs longs services et de dévouement dont ils ont constamment fait preuve, la médaille d’argent et le diplôme d’honneur des sapeurs-pompiers. La distribution gratuite des médailles par l’état étant supprimée, il prie le conseil de bien vouloir décider l’achat de 2 médailles au compte de la commune en faveur de ces 2 bons serviteurs. 14 août 1926. Le Maire expose que 3 sapeurs-pompiers. messieurs Blondin, Deneux et Dévérité ont obtenu en récompense de leurs services, la médaille d’honneur décernée par le ministre de l’intérieur. Désireux de récompenser le zèle et le dévouement des sapeurspompiers ci-dessus désignés, décide d’acheter 3 médailles avec ruban et barrette au prix de 20 F l’une. 26 mai 1928. M. le maire donne connaissance à l’assemblée d’une lettre de l’officier, commandant la subdivision des sapeurs-pompiers l’avisant que 23 képis, 4 pantalons et 1 complet sont à renouveler. L’accord est donné pour cet achat.



LE SAVIEZ-VOUS ?



A une certaine époque (un peu plus de 150 ans) on pouvait encore admirer dans notre village 5 moulins (3 à vent et 2 à eau) Un moulin à eau se situait à la limite du territoire d’Allery et de Dreuil-Hamel et a appartenu, dans un premier temps, à François Magnier. En avril 1817 ce dernier signale (dans le Français de l’époque) : à Allery il n’y a pas de moulin à eau de manière que mors des bats vents, que les habitants sont très gênés pour se procurer la farine. C’est ainsi, que sollicité par les habitants, l’accord de construire un moulin lui sera accordé par ordonnance royale le 8 mai 1822. Vingt ans plus tard, en 1843, le sieur Constant Louis, demande l’autorisation de construire un moulin à blé sur le territoire d’Allery au lieu-dit « la fontaine du Hamel » en amont du moulin du sieur Magnier. Des plans sont établis, un barrage devra être construit pour assurer la force nécessaire au bon fonctionnement du moulin, avec curage et approfondissement de la rivière jusqu’à 2,50 mètres pour une largeur de la rivière de 3,20 mètres. Seulement l’entente entre les deux meuniers laisse à désirer. L’avocat de François Magnier présente un mémoire dont voici quelques extraits : L’exposant (Magnier) autorisé par une ordonnance royale à construire un moulin à blé sur le cours d’eau, non navigable, ni flottable de la rivière dit du Hamel, celle-ci traversant un de ses héritages, a exécuté depuis 1847 la majeure partie des travaux hydrauliques et construit le bâtiment de l’usine. Ces travaux ont exigé des dépenses considérables. Seulement le sieur Louis, a fait établir, en amont, un autre moulin. Il a, pour procurer à sa chute de puissance qui lui manquait, défoncé en aval le lit de la rivière et modifié la pente dont devait profiter l’usine autorisée en 1822. Résultat : un décret du conseil d’état, jugeant l’ordonnance de Magnier, non avenue, rejette la requête de ce dernier. En 1854, après accord entre les deux meuniers sur le partage des eaux, le sieur Magnier est autorisé à mettre son moulin en activité… Ouf !

Le moulin d’Avesnes. D’après une minute faite à Allery en étude de Maître Morel le 8 mai 1849, un certain Marcel Gayet, brigadier au 6ème régiment des cuirassiers en garnison à Valenciennes, mais domicilié à Allery, vend au sieur Augustin Louis, un moulin à vent faisant de la farine, fixé sur piliers avec ses tournants. Ce moulin est situé près de la route Amiens - Eu, entre Airaines et Oisemont, sur le chemin qui mène à Cambos.
Pourquoi le moulin est t-il nommé Avesnes ? C’est parce que la charpente a été faite à une époque où le propriétaire, François Magnier, (le même qui avait un moulin à eau à la fontaine du Hamel) était meunier à Avesnes (Chaussoy). Ce moulin fut construit en 1797 et était encore visible en 1875.

Le moulin du Bosquet. A proximité de la route qui mène Amiens à Eu (route 208 sous Napoléon), ce moulin était situé sur une hauteur du territoire d’Allery. Le Bosquet et le Revers du Bosquet, lieux-dits qui doivent leur dénomination à l’existence d’un petit bois planté au pied de l’ancienne chaussée Brunehaut, appelée aujourd’hui chemin du Bosquet. Ce lieu-dit tire son nom du moulin seigneurial qui se trouvait entre le Bosquet et la route 208. Ce moulin disparut en 1870. Il avait été occupé par les nommés Caullier, Anthony Darras, Jonas, Louis Graire ancien maire et Louis Dumeige. Ce moulin (appelé aussi usine) formait un beau bâtiment auquel Dumeige a ajouté avant sa mort un petit moulin à cheval actionné par un mécanisme nouveau pour l’époque. Ce dernier produisait 8 à 10 boisseaux à l’heure et rendait de grands services au meunier quand les vents n’étaient pas assez forts pour entretenir les pratiques avec le grand moulin.

Le moulin au lieu-dit « La Paturelle », il existait en ce lieu et à une époque très lointaine, un moulin ou une ferme. On a retrouvé sur le terrain de nombreux débris de briques et de tuiles. Des fouilles ont ramené à la surface du sol une quantité de fragments de briques, de grosses tuiles calcinées, de poteries grises et fines qui attestent, au moins, l’existence d’habitations et leur destruction par le feu. La tradition rapporte que ce « canton » fut saccagé par Charles le Téméraire quand, à la fin du XVème siècle, il vint assiéger Airaines. Le fait est possible, mais il demeure un doute car aucun document historique ne » permet d’affirmer l’existence d’un moulin.

 

PETITES HISTOIRES



26 janvier 1858. Cavale. Il y a quelques jours qu’une ronde de préposés et de gendarmes se trouva, la nuit, en présence d’un cabriolet qui était conduit avec vitesse par deux individus étrangers. Sur un « Halte-là » vigoureusement articulé, le véhicule s’arrêta, et après perquisition faite, on y découvrit un ballot de 200 livres de tabac. Le délit entraînant la saisie de la fraude et du moyen de transport, le cabriolet changea de mains, et les deux contrebandiers y furent retenus. Mais en arrivant aux haies de Dreuil, l’un d’eux sauta prestement au dessus de la haie qui bordait le chemin et disparut. (255PER4)

27 mai 1859. Sorcier ! Une femme d’Allery qui revenait pédestrement du marché d’Abbeville, rencontre un voiturier qui l’invita galamment à monter dans sa voiture, puisqu’ils suivaient la même route. Chemin faisant, on s’entretint du marché et des affaires, sans doute un peu des voisins et des voisines. Bref notre homme qui est un loustic du pays, s’informa de la nature des pièces qu’elle avait reçues en paiement des denrées vendues à Abbeville, annonçant qu’il circulait beaucoup de pièces fausses et tellement bien contrefaites et qu’un œil exercé pouvait seul les reconnaitre. La brave femme, quelque peu inquiète, tira son argent de sa poche pour les soumettre à l’investigation de son compagnon de route ; celui-ci ayant examiné attentivement les pièces, les reconnut pour bonnes, excepté une pièce de cinquante
centimes dont il parut douter. Je vais la soumettre à l’épreuve, dit-il, et la mit dans sa casquette qu’il tint renversée au dessus de sa tête en lui faisant décrire des figues et en proférant des paroles magiques qui effrayèrent beaucoup la femme, assez crédule à l’endroit des sorciers. Puis tout à coup, lui tendant la casquette, il dit avec emphase et en grimaçant : prenez : Elle y toucha, mais la casquette était littéralement remplie de pièces de toutes dimensions qui lui parurent brûlantes. Elle ne demanda pas son reste, croyant avoir affaire au diable, n’attendit pas que la carriole s’arrête, sauta en bas de la voiture. Elle se sauva en racontant son aventure aux personnes qu’elle rencontra et disant qu’elle ne voulait, même pour de l’argent, avoir affaire aux sorciers (255PER5). Encore une histoire de « fous d’Allery ».

21 juin 1858. Drôles de loustics ! Il y a des loustics de bas-étages qui se font un malin plaisir de semer le désordre comme de jeter l’inquiétude dans les esprits, sans calculer les inconvénients souvent très graves, qui peuvent en résulter. Un de ces incorrigibles plaisantins rencontra dernièrement une jeune fille de sept ans à qui il fit de gros yeux en lui disant « Voilà une jolie petite demoiselle, je vais la conduire dans ma cave où il y a des rats, des crapauds, des grenouilles et d’autres bêtes avec des grands yeux et de grandes dents » Il accompagna ces paroles avec de si horribles grimaces que l’enfant, effrayée, fut saisie d’un tremblement nerveux et d’une agitation fébrile finirent par mettre sa vie en danger. Le médecin ne tarda pas à découvrir l’origine de ce mal, l’auteur en fut accusé. Il en fut bien heureux de n’avoir eu qu’à payer les frais du médecin, médicaments et soins à donner à l’enfant (255PER5)

27 décembre 1859. Une personne honnête. Nous signalons avec plaisir un acte de probité qui honore un habitant d’Allery. Un pauvre marchand de peaux de lapins s’étant arrêté pour des acquisitions de sa profession, partit en oubliant sa bourse contenant une somme de 65 francs qui constituait toute sa fortune. Il continuait sa ronde dans le village quand il s’entendit appeler dans la rue, et aperçut la personne avec qui il avait fait affaire un quart d’heure auparavant , lui tendait la bourse qu’il présumait devoir lui appartenir. Ce brave homme était tellement ému du danger que sa petite fortune avait courue, que ce fut avec des larmes de reconnaissance qu’il raconta partout cette aventure de désintéressement de l’honnête homme qui ne voulut accepter aucune récompense (255PER5)

15 février 1860. Ce n’est pas bien ! Legs de la Comtesse Marie-Aimable Leroy de Valanglart à la fabrique d’Allery (le 25.03.1859) pour embellissement et entretien de l’église. La fabrique ne s’est jamais expliquée de l’emploi du legs de 500 francs.

10 février 1863. Projet de construction de mares Un projet de construction de mares est étudié pour le village. Celui-ci est étendu, populeux mais complètement dépourvu de mares, ce qui est un inconvénient en cas d’incendie où il faudrait avoir recours aux puits pour alimenter les pompes.

Origine du nom des rues et chemins d’Allery

Chemin du Crocriamont. On dit que le chemin du Crocriamont s’est autrefois appelé « le chemin de la justice » car tout en haut de ce chemin aurait été installé un gibet, c’est tout à fait plausible. En fait, Crocriamont provient d’un mélange de l’ancien français ; Coquerel et du latin Mons, qui signifie : la montagne de l’éleveur de coqs. Il est vrai que le Crocriamont se situe sur une des hauteurs d’Allery, par contre j’ignore si l’on y élevait des coqs ?


Photo de classe  


Ecole des garçons 1929 – 1930.

On reconnaîtra le directeur Armand Maillard sur la droite de la photo et Maurice Crampon, instituteur, sur la gauche.

 


LE TERROIR (d’après Armand Maillard)



Comment mieux connaître notre territoire ? Chaque mois je vais vous décrire, un par un, les différents territoires de notre village. Ainsi, quand vous vous baladerez dans notre si jolie campagne, au gré d’un bosquet, d’un chemin, d’un bois, vous saurez vous situer et pourrez dire : « cet après-midi j’ai marché par un temps splendide par le fond de Cambos, en passant devant le calvaire du Doyen tout en admirant le bois du Roy, fatigué je me suis reposé sur le Royon Madame etc ». D’après le plan cadastral (1900) le terroir, qui s’étend sur 1307 hectares, se divise en six sections.
Section A : dite du Routy et de la plaine de Manchy. Section B : dite du chef-lieu. Section C : dite du Moulin du Bosquet. Section D : dite du Fiévé. Section E : dite du Bois de Cambos et du Proye. Section F : dite du Bois des Vaux et de Crocriamont. Description de la première section : Section A : dite du Routy et de la plaine de Manchy. C’est la plus importante du terroir, tant par son étendue que par sa fertilité. Elle est située au Nord du village et comprise entre les terroirs de Mérélessart à l’Ouest, d’Hallencourt au Nord, de Dreuil-Hamel à l’Est et la route menant Mérélessart à Dreuil-Hamel au Sud. Avant la guerre de 1870, la route menant Allery à Hallencourt traversait le bois Delbouche. Celui-ci fut défriché mais son emplacement est toujours appelé « Le bois Delbouche » Les lieux-dits de cette section sont, en allant de l’Est à l’Ouest : Les Fontaines (à cause des sources d Hamel) ; Manchy, qui devrait en fait s’écrire Machy, fief de la seigneurie d’Allery, Fonds de Manchy, Le Biscayeu (terme Picard qui signifie bis-caillou, tirant son nom de la nature caillouteuse du sol) ; La Paroi ; contre le versant de la vallée, Chemin d’Abbeville ; La Ramonière ; La Chaudière, dépression qui tire son nom, soit de sa forme, soit de la chaleur étouffante qui y règne en été (aujourd’hui ce lieu-dit est plus connu sous le nom Picard « Queufour » On y trouve encore : Les Epinaux, Le Routy, Petit Routy, Routy Lamotte, Côte de Routy, les quatre derniers lieux-dits sont appelés ainsi car l’ardeur du soleil et le vent desséchant qui les balaie souvent, ont pour effet de « rôtir les récoltes ». On trouve encore dans cette section les Blanches fosses (Chés Blanqués fosses en Picard) qui est un vallon assez profond et crayeux situé vers Mérélessart.

 

N° 7 - PETITES HISTOIRES D'ALLERY. Mois de septembre 2018

 

Enne t’chotte histoere in picard de “Ch’Mawais” (Modeste Darras)

Un queud, Modeste I prind ch’train à Longpré pour aller à Paris. Comme attrinchillage, énne boète in fer qu’i pose à côté d’li su l’bantchette. In molé pus loin, I y a des gins qui mon’t dins sin compartimint. Comme Il étoait quasimint plein, y o énne fanme qu’alle s’appreuche d’él boéte, pis, pour pouvoér s’assir, alle essaye d’él pousser un molé. Modeste Il l’erbée drôlemint, I lève ses bros in l’air, pis I Il dit : « N’ touchez point à o, m’brave fanme ! ch’est d’él dynamite !

J’n’ai point b’zoin d’vous dire éq chés gins, morts éd peur, I sont rintassés d’l’eute côté d’éch’compartimint et pis qu’al l’première grimpette I sont deschindus pour dire à ch’chef éd train qui y avoait un fou avec d’él dynamite.

 

SAPEURS-POMPIERS (suite)

 

13 février 1932. Le président des sapeurs-pompiers donne lecture d’un courrier de la sous-préfecture concernant la démission du lieutenant Nourtier. Il propose un nouveau chef. La commune devra prendre l’engagement de subvenir pendant 15 ans à l’entretien du corps de la subdivision. A l’unanimité Ernest Blondin est désigné pour être le lieutenant, commandant la subdivision.

31 mars 1945. Le conseil municipal décide que les frais de manœuvre des sapeurs-pompiers seront portés à 20 francs par manœuvre pour les moins de 65 ans et de 25 francs pour ceux âgés de plus de 65 ans

18 mars 1946. Sur réclamation formulée par Ernest Blondin, lieutenant des sapeurs-pompiers, étant donné le cours actuel du coût de la vie, le conseil décide de porter à 50 francs l’indemnité pour les frais et à 35 francs d’indemnité par homme et par manœuvre.

 

 

Montée du Quayet, lors de la cérémonie de  « Plantation de croix » le 17 avril 1955. Le lieutenant André Berton, les sapeurs Dague, Bouffaux et Lambert se tiennent sur le premier rang.

 

Juin 1962. La dernière pompe à bras ainsi que le corbillard hippomobile ont été offerts à une jeune association de comédiens, suite à un appel télévisé de Pierre Bellemarre.

19 juin 1963. Le corps se compose actuellement de 12 sapeurs, officier et sous-officiers. Lors d’une réunion de conseil municipal, le maire signale que la commune ne dispose actuellement que de deux pompes vétustes. Il devient urgent d’acheter des tuyaux, raccords, lances etc. pouvant s’adapter aux bouches d’incendie prévues dans l’adduction d’eau.

A noter, qu’en ce temps-là, le corps de sapeurs-pompiers tenait une place très importante au sein de la commune. Depuis sa création ces hommes étaient très respectés.

 

PETITES HISTOIRES

2 mars 1846. Instituteurs rebelles.

La commune d’Allery, d’après le Journal d’Abbeville s’est trouvée privée il y a quelques années d’un instituteur fort aimé, qu’un nouveau venu a remplacé dans ses fonctions; mais bientôt chacun d’eux eut ses partisans dans le village, de sorte que les habitants envoyèrent leurs enfants, soit chez l’ancien instituteur, soit à l’école communale, selon qu’ils s’étaient prononcés pour l’un ou pour l’autre. Les partis s’étaient si bien dessinés, que bientôt même ils durent aviser à ne plus se rencontrer dans les réunions dansantes. Un des deux partis abandonnant le ménétrier de Fontaine à ses adversaires, fit appeler celui d’Hallencourt et chacun dansa avec les siens. L’autorité, jusqu’à présent, s’était contentée par mesure de prudence, d’assigner à chaque camp un endroit séparé, pour prendre ses ébats. Seulement, il y a peu de jours, le maire, par un nouvel arrêté, vient d’interdire toute espèce de réunion dansante dans le ressort de la commune. Les danseurs d’Allery ont énergiquement protesté et délibèrent entre eux sur le choix à faire d’un emplacement exclusivement réservé à la danse. Espérons que ces fâcheux débats entre bon nombre de nos concitoyens, n’auront pas un dénouement fâcheux et que M. le maire saura accorder aux plaisirs de la jeunesse, ce qui leur est dû légitiment.

23 décembre 1846. Le cheval ressuscité.

M.D. cultivateur à Allery vendit récemment un cheval à un particulier à Hallencourt. Le lendemain du marché, ce dernier vint lui faire de violents reproches, l’accusant de lui avoir vendu une bête qui ne savait pas manger. Depuis la veille, la bête avait laissé intacte sa botte de foin au râtelier. Ne comprenant rien à ces reproches, M.D. accompagnée d’experts, se transporte sur les lieux : ces messieurs constatent en effet que le cheval parait être en proie à des convulsions et essaie par tous les moyens de manger un peu de foin, mais ne peut y parvenir. La science de ces messieurs se trouvait prise à défaut. Ils allaient même se retirer, quand tout-à-coup le maréchal-ferrant s’aperçoit que le licol du pauvre animal lui serre tellement la mâchoire qu’il ne peut desserrer les dents. La maladie singulière de l’animal fut dès lors expliquée, on le débarrassa donc de son licol et le malade affamé dévora à belles dents le foin que, nouveau Tantale, il avait sous les yeux. 

26 mai 1847C’est où çà ?

A Allery on comble une partie du lit de la rivière et on construit une chaussée qui aboutira à la mi-route d’Airaines à Oisemont. Ces travaux, faits par la commune, ont été entrepris pour venir en aide aux malheureux qui meurent de faim ? (Article relevé dans le progrès de la Somme : De quelle route s’agit-il : De la rue actuelle du cimetière, de la cavée Charles Sueur, de l’actuelle rue du Bout-de-la-Ville, de la route d’Airaines ? En tout cas ce petit article est énigmatique

16 août 1853. Bonne décision du conseil municipal !

Construction à l’école d’un petit bâtiment qui aura pour fonction de lieu d’aisance et réparation du four.

16 août 1857. Disparition.

Dimanche 16 août, un glas funèbre annonçait à la commune consternée que M. Bourgeois-Dammonnevile, fabricant, venait de rendre prématurément son âme à Dieu. Cet homme à manières simples mais d’une grande aptitude commerciale, avait su mériter la confiance de plusieurs maisons de la capitale et l’extension qu’il sut donner à ses opérations, était pour plus de deux cents ouvriers, une source d’aisance et de bien-être. Aussi tous les habitants d’Allery, sans distinction, s’empressèrent-ils de témoigner leurs vifs regrets de la perte d’un concitoyen aussi méritant en assistant en masse aux obsèques. L’église fut trop petite. S’il pouvait y avoir une consolation à un aussi grand malheur, ce serait cette manifestation publique d’un deuil général. Un jeune homme d’Allery, au nom de ses concitoyens et ouvriers tisseurs des communes voisines, a prononcé quelques mots d’adieu sur la tombe et ces paroles chaleureuses vivement ressenties, ont fait couler beaucoup de larmes. Ajoutons ici, que jamais éloges ne furent plus mérités. Jamais le patron que pleurent ces ouvriers n’eut avec eux de mécomptes en justice. Doué d’un caractère paisible et généreux, il fut pour eux un bon conseiller, un excellent père de famille. Il laisse une veuve inconsolable. L’auteur de cette courte notice nécrologique demande la permission de faire aussi ses adieux à un ami. Adieu donc…adieu, Pierre Bourgeois ! (255PER3)

15 mars 1863. Dix ans après ceux des garçons !

Construction de lieux d’aisance à l’école des filles.

6 mai 1865. Hannetons

Avis : une prime est accordée pour la destruction des hannetons (10 francs par hectolitre) Le maire est chargé de comptabiliser les hannetons détruits qui pourront être utilisés comme engrais. Il faudra se servir de chaux éteinte additionnée d’une couche de matière terreuse (circulaire mairie)

 

LE NOM DES RUES (suite)

La rue qui démarre au niveau de l’ancienne ferme René Bourgeois (peu après la place de la mairie) et qui va jusqu’au bout du village en direction de Oisemont porte actuellement le nom de « Rue du Bout de la Ville » Autrefois il ne s’agissait, que d’un chemin long d’environ 1 kilomètre qui portait le nom de « Rue aux chiens ». Elle se terminait à « l’tcheue d’vaques » lieu-dit encore usité par les anciens Allérois , tout comme ils se rendent toujours à « T’chot Moscou » au bout de cette même rue (il vivait à cet endroit des familles, très nombreuses, sûrement engagées politiquement).  Une petite artère « la cavée Charles Sueur » du nom d’un lieutenant de la seigneurie d’Allery, part de son milieu vers la route départementale Amiens-Eu.  

 

PHOTO DE CLASSE

 

Ecole des garçons de 1948 – 1949

Rang du haut de gauche à droite : Monsieur René Grandsire (instituteur) - Georges Deverite - Paul Blondin - Martial Deverite - Régis Lemaitre - Jacques Darras (fils de l’industriel) - Jean Claude Blondin  - Maurice Vaquez -  Jean Deverite - Bernard Bonvarlet - ?

Rang du milieu, de gauche à droite : Marcel Dague - Allart - Louis Bruyer - Michel Deneux - Serge Leguay  - Jacques Darras - ? - Jean Pierre Vacossaint - Marcelin Lenain - Jacques Guidon

Rang du bas de gauche à droite : Jean Deverite - Gilbert Darras - René Bruyer - Guy Deverite - Jean Claude Darras - Gérard Hernas - Maurice Douzinelle - Francis Niquet - Jacques Deverite .

 

LE TERROIR (suite)

Section B, dite du Chef-lieu. C‘est la plus petite section en étendue ; c’est la partie construite du village. Elle comprend les quartiers du Quayet, le quartier de la Carrière, qui doit son nom (comme je l’ai déjà indiqué dans un autre numéro) à l’existence d’une carrière de craie souterraine de laquelle furent extraites les pierres qui ont servi à la construction des églises d’Allery et de Saint-Maulvis. Des habitants qui l’ont explorée racontent qu’elle renferme encore des pierres taillées, et qu’on a relevé des traces de roues de voitures qui servirent au charroi des matériaux de construction (d’après Armand Maillard) Plus près de nous ces carrières, ou souterrains, servirent d’abri lors de la dernière guerre.

Le terroir comprend encore le quartier de la ville (rues de Belleville et rue du 8 mai 1945 aujourd’hui) et la place Céaucourt, déformation du mot Soyaucourt, nom d’un propriétaire privilégié de l’endroit qui vivait en 1715) Le nom de cette place (Céaucourt) a été remplacé par la place de l’église et la place de la mairie.

Section C, dite du Moulin du Bosquet

Comme je l’ai déjà écrit lors d’un précédent numéro, il existait autrefois un moulin à vent qui a appartenu à différents propriétaires, le dernier étant le maire de cette époque Louis Dumeige. Cette section s’étend de la limite du territoire de Dreuil Hamel, celle d’Airaines un peu plus à l’Est et au Sud par celle de Métigny. Elle comprend les chemins du Chécherot (quartier du village) le chemin du Revers du Bosquet, le B          acquet et le fond du Bacquet, la vallée Gaudry. A proximité du territoire d’Airaines on empruntait le chemin de l’Abbaye (celle d’Airaines). En se rapprochant du village sur les côteaux de Métigny on trouvait les terres de l’église. Cette section comprend encore le rideau Cahonne (lire plutôt Cahon, nom d’une ancienne famille répandu à Allery), les Poteries. La plupart de ces lieux-dits sont encore connu des Allérois et apparaissent toujours sur les cartes du territoire.

 

LE TISSAGE A ALLERY.

Comme chacun sait, le tissage de jute à tenu une place importante dans la vie des Allérois. Je vais vous raconter chaque mois, la belle histoire de ce qui a fait la renommée de notre beau village pendant plus de deux siècles.

 

AVANT PROPOS ET  UN PEU D’HISTOIRE

Les campagnes de Picardie ont longtemps été peuplées de paysans dont la terre, qui ne produisait guère que des céréales, n’était pas l’unique ressource. Ces paysans se sont en effet très tôt tournés vers des activités complémentaires, surtout textiles, au point que dans bien des familles celles-ci sont finalement devenues activités principales. Ce phénomène a pris son essor au début du 17ème siècle, au lendemain des guerres de religion. Cependant la progression du travail industriel dans les campagnes ne se fit pas sans problème, car certaines villes voyaient d’un très mauvais œil la concurrence d’une main d’œuvre évidemment meilleure marché. Et ce n’est qu’en 1862, qu’un arrêt en conseil d’état mit un terme définitif à la querelle, en permettant aux habitants des campagnes de fabriquer toutes les étoffes.

Entre Amiens et Abbeville, à partir du 18ème siècle, se répand la fabrication de grosses toiles : toiles à sacs, à matelas, à voiles à base de chanvre ou de lin ; à la fin du 19ème siècle, l’industrie du jute prendra le relais de cette spécialité.

Nous savons qu’au milieu du XVIII° siècle, 25000 métiers battaient en Picardie, dont les trois-quarts dans les villages. Dans notre village d’Allery dont l’activité était essentiellement agricole, les cultivateurs produisaient du chanvre mais principalement du lin. Après la récolte, installés chez eux, ils travaillaient et filaient directement les fibres avant de diriger le produit fini, vers des centres de regroupement de transports*(1). Etaient-ils nombreux à vivre de cette profession ? Entre 1740 et 1741, sur cinquante six témoins inscrits dans les déclarations de naissances et de décès, trois seulement se déclarent tisserands, pourtant il existait de nombreux métiers dans le village. On peut donc penser que bon nombre des habitants travaillaient la terre pendant la journée, surtout pendant les mois d’été et tissaient la toile le soir venu.  C’était pour eux l’assurance d’un revenu et la possibilité d’avoir une autre activité, souvent agricole. Dans la maison du tisserand, était installé, un métier à tisser, immense engin en bois qui occupait souvent une pièce de la demeure dans son entier comme on peut le voir sur le tableau d’Albert Decamps ci-dessous.

 

 

Tableau d’Albert DECAMPS : l’apprenti tisserand 1896.

*1 – R. Collier

Armand Maillard et plus tard Arthur Lecointe, ont retracé l’histoire du tissage à Allery dans différents livres, je ne fais dans un premier temps que reprendre leurs textes. J’ai complété le travail déjà effectué, avec des témoignages de tisserands encore vivants, avec ceux d’industriels toujours présents.  J’ai ajouté à ces écrits des cartes postales de l’époque, des photos de personnels d’usines, des précisions et anecdotes récoltées suite à mes recherches aux archives départementales de la Somme. Enfin j’explique ce qu’a représenté le tissage dans notre village, une activité qui aura laissé une empreinte indélébile, marquant à jamais la vie des Allérois. Je pense que beaucoup regrettent ce temps là. Même si la vie était parfois un peu difficile, il existait une solidarité, une fraternité sans doute, que nous n’avons jamais retrouvées.

A l’aube du XXIe siècle, nos tissages ont tous disparu. (Christian Leguay)

                                                                                

N° 8 - PETITES HISTOIRES D’ALLERY – Mois d’octobre 2018

 

A partir de ce mois-ci  je vais raconter la belle histoire du tissage à Allery. Des photos, des témoignages, des anecdotes vont illustrer mon récit. Une époque bénite ancrée à jamais dans le cœur des Allérois.

 

LE TISSAGE (suite)

 

Tout d’abord, quelques dates importantes.

Milieu du XVIIIème siècle, jusqu’à 1820-1830. Culture du chanvre et du lin. Des ouvriers, des cultivateurs, travaillent à domicile sur des métiers à tisser en bois

1830 /1880 - développement de la production de toile en lin. Premières créations d’entreprises à Allery.

1860 - 262 ouvriers travaillent le chanvre ou le lin à Allery, chez eux  pour le compte d’un patron. Il existe déjà des ateliers, mais ceux-ci emploient très peu d’ouvriers. Certains sont tisserands, d’autres aident à la préparation des chaines et  de l’ourdissage.

A partir de 1880 - Implantations des usines Niquet, Allot, Dufour, Darras. Arrivée du jute et de la première machine à vapeur.

1910/1920 - Mécanisation avec l’arrivée de métiers à tisser en fer et de l’électricité.

1920/1965 - L’âge d’or du tissage à Allery. On comptera jusqu’à 300 employés dans les 8 tissages et à la sacherie.

1965 - La concurrence étrangère est de plus en plus destructrice d’emplois. On constate les premières fermetures (Allot, Mullier)

1980 - Fermeture du dernier tissage Nicolas Darras (Jean Darras)

 

Maurice Dague sur un métier en bois

 

LA CULTURE DES ¨PLANTES TEXTILES (avant 1880)

D’après les renseignements fournis par des anciens d’Allery, qui ont des souvenirs exacts sur les occupations de leurs parents et grands-parents il y a environ cent soixante dix ans, il résulte que vers 1750, un grand nombre d’habitants tissaient le lin et le chanvre.  La culture de ces textiles était alors très importante. Presque toutes les terres de fond de la commune leur étaient consacrées. Nous pouvons même affirmer que cette culture était déjà présente sous Louis XIV puisque le magister Antoine Delescole note dans son journal :

18 mars 1704 - Louis Sannier me compte 6 pierres de lin qu’il m’a baillé à 14 sols la pierre.

17 juin 1704 - Sur les 4 heures d’après-midi, il fit ici, à Allery et autres lieux, un orage et une inondation d’eau, dont l’eau entra dans beaucoup de maisons et entraîna quantité d’effets, ruina beaucoup de terres semées, tant en blé qu’en chanvre et lin.

24 Juillet 1705 - j’ai vendu 9 livres de fil d’étoupe de lin à 5 sols la livre.

Dans un inventaire fait lors d’une levée de scellés en 1772, au domicile de sieur Adrien Dufour, on lit :

1 Þ     65 bottes de lin, estimées à la somme de 39 livres.

2 Þ     16 bottes de chanvre, estimées à la somme de 4 livres.

3 Þ     Un mont de paille de lin, estimé 20 sols.

4 Þ     24 bottes de chanvre, estimées 18 livres.

Un vieillard se rappelle que les habitants d’Allery se réjouissaient quand les gouttes de pluie tombaient le jour de la chandeleur, le 2 février. On pensait que l’année serait bonne pour le lin et l’on fêtait l’heureux présage : les ménagers, les laboureurs vidaient en trinquant, quelques rasades du meilleur cidre.

Si beaucoup de laboureurs se bornaient à tisser le lin et le chanvre de leur récolte, certains ménagers qui ne trouvaient pas une occupation suffisante dans les travaux de leur petite culture, achetaient dans les villages avoisinants quelques champs de lin. Ils faisaient provision de matière première pour pouvoir alimenter le métier à tisser pendant tout le cours de l’année. Ceux-là étaient de véritables « tisserands ». Ces ménagers partaient chaque année, avec une équipe d’arracheuses, sur le lieu du champ acheté. On battait le lin sur place et on laissait la graine au vendeur. Les tiges ramenées à Allery étaient rouies, broyées, « écanguées » puis peignées. L’écangage était l’opération qui détache la chènevotte, partie inutilisable de la tige, de la filasse ou soie du lin. On frappait les tiges placées dans l’échancrure d’une planche verticale avec l’écangue ou couperet plat en bois de noyer. Le rouissage se pratiquait d’une façon fort simple. Le lin, étendu sur l’herbe des prés, s’imprégnait d’humidité et au bout de quinze jours environ, après avoir été retourné, on pouvait procéder au broyage. On trouve encore dans certains greniers les anciens outils : écangues, peignes (chrin en patois) qui servaient à ces travaux, sans oublier la broye.

Certains ménagers qui ne voulaient pas prendre l’embarras de cette préparation de la filasse, se rendaient à Oisemont et achetaient à la « pierre » sur le marché de ce bourg, le lin en filasse.

 

                                                                                                                                     

SAPEURS POMPIERS (suite)

 

21 décembre 1964. M. le maire donne lecture de l’article 76 du recueil des actes administratifs n° 12 du 24 Mars 1964, par lequel les conseils municipaux sont autorisés à relever le taux de vacations horaires allouées aux sapeurs-pompiers. À l’occasion des interventions le taux horaire sera de 5.20 F pour les officiers ; 4.35 F pour les sous- officiers ; 3.75 F pour les caporaux et 3.35 F pour les sapeurs. Pour la participation aux manœuvres d’entraînement, ils toucheront respectivement 3.90 F, 3.26 F, 2.81 F et 2.51 F. Par ailleurs le maire informe le conseil municipal de la nécessité d’acquérir : 1 tenue de lieutenant, 1 de sapeur, 1 ceinturon, 1 képi et une médaille en argent. Le conseil approuve ces dépenses.

3 janvier 1965. M. le maire informe le conseil municipal qu’il y a lieu de procéder au remboursement des frais des sapeurs-pompiers en stage à Amiens, pendant 2 jours, les 22 et 23 mars derniers. Les stagiaires estiment à 60 F les remboursements qui doivent leur être octroyés. (2 jours à 16 F, frais de voyage, faux frais). Le conseil décide d’allouer à chacun des stagiaires une somme de 60 F. Les bénéficiaires sont Périmony Cyr, Olivier André, Froidure Pierre. Le remboursement sera effectué au nom de M. Beaurain Clotaire, lieutenant des sapeurs-pompiers.

11 Octobre 1967. M. le maire porte à la connaissance du conseil municipal qu’il y a lieu de procéder à l’achat de 11cravates infroissables de couleur noire, de 10 chemises en popeline marine, 1 supplément pour hors taille (T.46) 2 suppléments pour hors taille (T. 48) et 1 chemise en bleu marine. Après en avoir délibéré, le conseil décide l’acquisition de tout l’équipement. Le fournisseur sera          « Parafeu » à Lille.

10 juillet 1968. M. le maire porte à la connaissance du conseil municipal que le corps local des sapeurs-pompiers a dû intervenir les 13, 14 et 15 janvier 1968 pour combattre l’incendie de la grange appartenant à M. Roger Lefebvre, agriculteur. Compte tenu qu’il a fallu exercer une surveillance de 3 jours sur les lieux du sinistre, il est nécessaire de prévoir au budget supplémentaire 1968, une somme de 1076.47 F, pour indemnités dues aux pompiers. Le Conseil décide l’inscription de cette indemnité.

5 janvier 1970. Le conseil décide d’inscrire au budget primitif 1970, chapitre 65, article 657, la subvention suivante : 260.00 F, en faveur de l’amicale des sapeurs-pompiers. Il en sera ainsi chaque année.

 

Malgré le temps qui passe, Allery continue de maintenir son corps de sapeurs-pompiers. C’est une volonté des différents maires (Jean Darras et Roland Lecointe) qui font tout ce qui est en leur pouvoir. Il n’y a pas une fête, une cérémonie sans que les hommes du feu ne soient présents. Dignes et fiers dans leurs uniformes, ils sont la fierté du village. Sans compter  leurs rassurantes présences lors des incendies et autres accidents.

 

En tête lors du défilé du 14 juillet 1999.

 

Année 2001. Aujourd’hui chaque village se bat pour conserver son corps de sapeurs-pompiers. De plus en plus les regroupements de plusieurs subdivisions dans une seule commune sont envisagés. Notre village d’Allery continue cependant à lutter pour demeurer, encore un peu, indépendant. Le C.P.I. (centre de première intervention) est néanmoins sous la responsabilité du C.S. d’Airaines. C’est ainsi que même si notre sirène retentit encore,  l’obligation est faite d’avertir de suite la caserne  d’Airaines qui autorise ensuite leurs collègues d’Allery à l’intervention. De même, l’appel du numéro 18 arrivera au centre d’Amiens, qui avertira celui d’Airaines en priorité. Laurent Darras dirige le C.P.I. d’Allery depuis 1998. Il est à la tête de 12 sapeurs-pompiers. Pour arriver à cette responsabilité il a du suivre de nombreux stages, réussir différents examens. Il a obtenu le B.N.S. (brevet national de premier secours), l’A.F.P.S. (attestation de formation aux premiers secours) le C.F.A.P.S.E. (certificat d’activités aux premiers secours) le C.F.A.P.S.R. (certificat d’activités de premiers secours routiers)

                                                                                                                       

PETITES HISTOIRES

 

10 octobre 1865. Chiens

La mairie doit envoyer à la préfecture une liste des possesseurs de chiens. Après le recensement à  Allery, 95 foyers possèdent 104 chiens (archives communales)

16 décembre 1865. Nouveau chemin

Remplacement du sentier menant de la rue de la Messe à la rue de la Carrière par un chemin de 4 mètres de large (aujourd’hui rue Belleville, parallèle à l’ancienne usine « Georges Darras »)

3 février 1866.

Construction d’un pont sur la rivière, rue du Café Français (Est-ce celui près de l’immeuble appartenant aux époux Gence, ou celui en face de l’ancienne Boucherie Douzinelle ?))

26 mai 1866. Mauvaise foi !

Demande de classement du chemin vicinal Allery-Dreuil en route de moyenne ou grande communication. Avis contraire du maire de Dreuil qui répond : que certes le projet pourrait embellir son village, mais que le chemin ne servant qu’aux cultivateurs, ce classement ne servirait qu’aux intérêts d’Allery et de ses fabricants de toiles.

  1. Budget supplémentaire 1868

Aménagement des salles d’écoles : poêles, lambris, escaliers, différents travaux de peinture. Il faut également compléter les salaires de l’instituteur et de l’institutrice ; Une somme de 400 francs environ, sera nécessaire.

23 avril 1868. Creusement de mares, il y a urgence !

Projet de creusement de 3 mares dans la commune. Demande d’autorisation appuyée par le Corps des sapeurs-pompiers qui réclame par la même occasion une subvention pour l’achat d’une pompe à incendie et l’équipement de 10 sapeurs. Ces mares seraient d’utilité publique.

6 juin 1869. Le projet prend forme

Construction d’une mare rue du Bout-de-la-Ville sur un terrain appartenant à Elisée Leblond - Une mare rue du Quayet sur un terrain appartenant aux enfants de Mme veuve Cahon - Une mare rue du Bas-Quayet sur un terrain appartenant à Mme Bourgeois (archives municipales)

20 juin 1869. Un instituteur reconnu et récompensé !

Une subvention particulière est allouée par le conseil municipal au sieur Courtin, instituteur, pour subvenir à ses besoins. Récompense pour son zèle et son dévouement dont il fait preuve. Une somme de 200 francs sera donc prévue en 1869 comme en 1870.

L’instituteur M. Courtin a dirigé seul avec zèle et dévouement des cours du soir pour les adultes, de 1867 à 1869. Cet instituteur est d’autant plus digne de félicitations que pour le cours du jour, qu’il a dirigé seul, il a été suivi l’hiver par 90 élèves environ. Ses élèves ont remporté au dernier concours cantonal 4 prix sur 9 et un 1er et 2ème accessits. L’assemblée est donc persuadée que son instituteur obtiendra une nouvelle récompense qui sera le juste prix de son labeur (conseil municipal)

6 juin 1869 - Création d’une mare route d’Hallencourt.

Celle-ci se trouvait à mi-côte de la route qui mène à Hallencourt. Elle a été rebouchée 100 ans après l’arrivée de l’adduction d’eau. Une maison appartenant à M. et Mme Bully a été construite à cet emplacement.

 

Les mares avaient de multiples et utiles fonctions. Elles collectaient les eaux usées, servaient d’abreuvoir pour les animaux et surtout servaient  de point d’eau pour les incendies. Avec l’arrivée de l’adduction d’eau en 1963 elles ont toutes été supprimées. Aujourd’hui en 2018, des constructions sont apparues sur tous les versants du village, route d’Hallencourt, route d’Airaines, rue Albert Larivière. Trottoirs, bitume, l’eau n’est plus canalisée et notre petite rivière est souvent envahie par les herbes, les habitants de la vallée ne sont plus à l’abri d’une inondation qui surviendra un jour de gros orage.

 

LE TERROIR (suite)

 

Section D, dite du Fiévé

Cette section située au Sud du village est limitée par la route qui mène d’Airaines à Oisemont et par les territoires des communes d’Heucourt-Croquoison et de Métigny. Elle est traversée par la route qui mène à Vergies.

Le terroir comporte le lieu-dit « Au Calvaire du Doyen » ainsi nommé à cause d’un calvaire qui se dresse en bordure de la route qui mène à Vergies (au niveau du bois Niquet, aujourd’hui propriété de la famille Goemaere). En 1875 un moulin à vent s’élevait encore à cet emplacement (moulin d’Avesnes). Autres lieux-dits « le moulin brûlé » dont il ne reste aucune trace, le chemin de Cambos et Montagne de Cambos qui tirent leur nom du fief de Cambos (camp et bos, champ et bois). On y trouve encore Le Fiévé, le buisson du père Adam, La verdure, le bois du Roy (Bois qui a appartenu au domaine royal. Sa contenance qui était de 49 hectares avant la Révolution fut réduite à 21 hectares. Il fut vendu comme bien national sous le Directoire).

 

RUES D’ALLERY

Rue Albert Larivière (autrefois nommée Ruellette), une des rares rues du village qui porte un nom de famille. Albert Larivière eut un comportement exemplaire pendant la deuxième guerre mondiale, notamment lors de l’évacuation du village et pendant l’occupation. Il fut l’un des derniers à quitter Allery au début du mois de juin 1940, lorsque les combats faisaient rage à Allery et dans la région. En l’absence du maire, il dirigea le village encore sous le choc. Il fut élu maire après la Libération.

Chemin de la Messe.  Nommée ainsi car c’était le chemin le plus emprunté menant autrefois à l’église. Elle fut débaptisée après l’arrivée du chemin de fer en 1880, et porta le nom de rue de la Gare. Depuis quelques années elle a repris son nom d’origine « chemin de la Messe »

 

Photo de classe : année 1956-1957

 

 

Rang du haut de gauche à droite : Manuel Dague – Paul Deverité – Gilbert Gaffet – Max Coyette – René Carpentier – Yvan Clérentin – Jean Claude Sannier – Jean-Marc Lepage

Rang du milieu de gauche à droite : Gérard Guillot – Jacky Hernas – Jean Louis Guénard – Patrick Meyers–

Jean-Claude Gacquerre – Marcel Lenain – Claude Hamiez – Philippe Darras

Rang du milieu de gauche à droite : Christian Sannier – Christian Gacquerre – Jean-Pierre Sevin – Claude Testard – Michel Poiret – Pierre Sueur – Eric Lheureux – Bernard Hernas – Pierre Chabaille – Jean-

Marc Sannier

 

N° 9 - PETITES HISTOIRES D'ALLERY – mois de novembre 2018

 

SAPEURS-POMPIERS (suite et fin)

Le rôle des sapeurs-pompiers “contemporains”, a forcément changé, ces derniers ne sont plus seulement affectés qu’à l’extinction des incendies, ils interviennent lors des accidents de circulation, pour la destruction d’insectes (plusieurs fois par an), pour des faits exceptionnels (comme lors des inondations de la Somme en 2001). Les sapeurs-pompiers ont aussi le devoir de rendre service à leur commune lors des fêtes nationales (notamment). Ils assurent la sécurité (même en civil) lors des manifestations organisées dans le village. Les sapeurs-pompiers sont fiers de leurs devises et se chargent de nous les rappeler.

 

FAIRE PLAISIR, RENDRE SERVICE ou encore, COURAGE ET DÉVOUEMENT, SAUVER OU PÉRIR.

 

Avoir la vocation.

Témoignage de Martine Durier, première femme sapeur-pompier à Allery. « Je suis née en 1979 de parents allérois et n’ai jamais quitté mon village. C’est à l’âge de 15 ans que j’ai eu envie de devenir sapeur-pompier, pour une raison bien particulière. Cette envie subite c’est mon père qui l’a provoquée. Il venait de quitter de son plein gré mais avec beaucoup de peine, le Corps des sapeurs-pompiers d’Allery avec lequel il avait passé de longues années. C’est pour lui faire plaisir qu’un jour, je tentai d’intégrer un groupe d’hommes, dont le milieu est pourtant réputé un peu « macho »

Je n’ignorais pas les difficultés qui m’attendaient, mais j’étais si motivée que je ne tins pas compte des remarques, pour la plupart négatives, qui m’étaient adressées.

Il fallut tout d’abord convaincre les responsables qu’une femme pouvait avoir sa place parmi eux. À ma grande surprise ce ne fut guère difficile, je tenais ma première victoire ! Renseignements pris, je passai aussitôt avec succès, les examens obligatoires. Celui de l’A.F.P.S. (attestation de formation aux premiers secours), puis j’accomplis le stage de base sapeur-pompier pour intervenir sur intervention (c’est le terme exact). Je me souviens parfaitement de ce stage et de la peur de ma vie. Effectivement, moi qui voulais devenir pompier, qui avais le vertige, je dus accomplir bien des épreuves. La première : grimper une échelle, haute de 24 mètres (épreuve obligatoire), imaginez-moi et mes 50 kilos gravissant un à un les échelons de cette interminable échelle, avec pour toute sécurité une corde de rappel. Je n’ai jamais regardé en bas, mais j’imaginais le vide. Le summum de l’épouvante fut de renverser la tête au sommet de celle-ci, je crois que mes jambes en tremblent encore. Mais, l’épreuve la plus terrible fut celle du labyrinthe. Il s’agissait de sortir d’une espèce de container, sur trois étages, appelé benne, plongée dans une semi-obscurité, avec deux bouteilles à oxygène sur le dos. Il fallait trouver la sortie, ce fut l’enfer ... moi qui étais claustrophobe !

Ce parcours du combattant, je le réussis néanmoins, et me prouvai que l’on pouvait m’envoyer, comme les hommes, dans une maison en flammes. Au cours de ces différents stages, on vous met devant les pires scénarios. On vous apprend à ne pas avoir peur du sang, à affronter le danger présent, avec toutes les précautions nécessaires pour la sécurité des autres et pour sa propre sécurité. C’est l’école de l’humilité, car devant le danger, tout le monde est à égalité. Ainsi je suis devenue la première femme sapeur-pompier à Allery, c’était en 1997 et j’avais tout juste 18 ans. J’étais contente de cette réussite, tellement fière pour mon père et aussi pour ma mère qui ne m’a jamais découragé. J’étais ravie de porter l’uniforme, mais avant tout il me tardait d’aider les gens. Puis vint l’heure de ma première intervention. Je ne cache pas que je l’appréhendais un peu. Serait-ce un incendie, un accident ? Malgré cela j’étais prête. Ma première « sirène » fut un accident ... un vrai baptême ! Un accident de la circulation venait de se produire sur la route d’Hallencourt, une perte de contrôle avec un blessé grave. Je savais pourquoi j’étais là, aussi je fis face avec force, sans trembler, à ma grande surprise ... J’accomplis ma tâche, celle d’assister moralement le blessé. Aujourd’hui, je fais partie du C.P.I. d’Allery et si la sirène retentit une trentaine de fois par an, pour diverses interventions, nous avons aussi d’autres fonctions, d’autres devoirs. Nous sommes présents lors des manifestations officielles dans le village, nous assurons la sécurité des habitants en diverses occasions, notamment lors des courses cyclistes (dans ce cas précis c’est du bénévolat et sans tenue) nous organisons la retraite aux flambeaux et le bal du 14 Juillet. Nous aimons nous retrouver en décembre, pour fêter Sainte Barbe, notre patronne. Après une messe en musique, en compagnie de la fanfare de notre village, dont je fais également partie depuis 10 ans, nous nous retrouvons, autour d’une table et passons des moments inoubliables. Le Corps est dirigé aujourd’hui par Laurent Darras, qui est aussi mon compagnon, notre effectif est de 12 hommes, le minimum pour conserver notre appellation de C.P.I. Nous sommes confrontés au professionnalisme de notre fonction, à la centralisation. En 2000 pour être gradé ou seulement responsable, il faut avoir fait certaines études, le bénévolat, bientôt ne suffira plus. Pourtant nous sommes convaincus d’être utiles à notre village, nous arrivons souvent les premiers sur les lieux d’un sinistre, quel qu’il soit. Nous savons que les gens comptent sur nous, nous les sécurisons, même avec nos modestes moyens.  Nous possédons un petit camion et une motopompe remarquable, un matériel d’extinction important, un local adapté à nos besoins, et un comité dynamique. J’espère de tout cœur que les personnes en « haut lieu » les âmes bien pensantes, voulant notre disparition, réfléchiront et continueront de croire à notre utilité. Rendre service ; aider son prochain, c’est pour cela que j’ai voulu être Sapeur-pompier

En cette année 2001, de terribles et dramatiques inondations ont plongé les habitants de la vallée de la Somme dans un cruel désarroi. Le centre de secours d’Airaines a fait appel, une nouvelle fois, au C.P.I. d’Allery, pour secourir les villageois de Fontaine sur Somme. De la fin mars à la fin juin, chaque jour, les sapeurs-pompiers ont aidé, sans rechigner, les habitants à surmonter leur peine. C’est ainsi que je fus récompensée, en représentant mes amis sapeurs-pompiers, d’une décoration (médaille de bronze pour courage et dévouement) que m’a remise M. Le Ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant à Paris » (texte relevé dans le livre de Mme Bernadette Defente Allot « Femmes d’Allery »)

Depuis 1965, une amicale fonctionne indépendamment de la commune. Celle-ci existe depuis une trentaine d’années. Elle fut crée pour soulager le budget communal. Elle organise différentes manifestations (lotos, concours de pétanque, concours de cartes, loteries) qui permettent l’achat de différents matériels, indispensables au C.P.I. Elle fonctionne comme toute association avec un président (aujourd’hui Mr. Henri Bonvarlet) et un comité avec un vice-président (Jean-Marie Warmel), une trésorière (Mme Boudin), une secrétaire (Florence Dévérité) des membres (Frédéric Gaffet, Martine Durier, Pascal Lejeune). (texte datant de 2001)

Citons pour finir les chefs de corps qui se sont succédés: Elysée Nourtier, Georges Nourtier, Ernest Blondin, André Berton, Clotaire Beaurain, Raymond Sannier, Laurent Darras.

Aujourd’hui le Corps des sapeurs-pompiers a disparu, il a été rattaché à Airaines. Pourtant ils sont encore une dizaine en exercice dans notre village (nous sommes en novembre 2018). Nostalgie…Nostalgie.

 

LE TISSAGE (suite)

 

Quelques précisions sur trois étapes essentielles dans le travail du lin et du Chanvre.

 

LE FILAGE :

Le rôle des fileuses commençait le soir après les travaux du ménage. Elles se réunissaient à la « filerie » (en patois férie, déformation probable du mot filerie que les ¨Picards prononcent filérie). A la faible lueur d’une ancienne lampe à huile, le crasset (ou créchet), elles dévidaient la quenouille et enroulaient le fil plus ou moins grossier autour d’une bobine à l’aide du rouet. Il existe encore quelques-uns de ces rouets, dans les greniers, mais ils deviennent rares, les collectionneurs des choses d’antan les ayant recherchés et achetés.

A la fin du XVIIIe siècle, il y avait quatre fileries à Allery. C’était d’assez vastes locaux que les habitants, généralement des tisserands, mettaient à la disposition des fileuses. Les rouets au nombre de 8 à 12, demeuraient dans le local ainsi que le « crasset » que les fileuses alimentaient d’huile à leurs frais. La filerie était un lieu de réunion pour les jeunes gens et, parfois, pour les maris des fileuses. Ceux-ci, pendant que les mains féminines travaillaient la filasse, fumaient la pipe du soir, relégués dans l’ombre, et rompaient la monotonie de ces longues soirées par des contes ou de vieux refrains.

L’OURDISSAGE.

Le fil était ourdi et devenait propre à confectionner la chaîne du métier à tisser. L’ourdisseuse enroulait le fil des bobines autour d’un ourdissoir, grand parallélépipède à huit pans couché et mû à la main à l’aide d’une manivelle. Une autre partie, mise en écheveaux, était convertie en trames par l’épouse ou les enfants du tisserand, à l’aide d’un rouet spécial. A l’origine, ce rouet ne donnait qu’une trame : vers 1875, un perfectionnement apporté par un menuisier d’Allery, M. Alexandre Mullier, permit d’obtenir quatre trames à la fois. Une des toiles du peintre, Descamps, montre le rouet de la trameuse.

 

Mise en place des bobines de fils sur l’ourdissoir. Photo prise bien après la mécanisation des usines de tissage (Sur la photo : (André Sueur, établissements Dufour vers 1975)

 

 

LE TISSAGE

 

Le tisserand pouvait alors se mettre à l’œuvre. Son métier (étille en patois) ressemblait assez à celui qui existe actuellement. On ne connaissait pas encore le mécanisme qui enroule automatiquement la toile tissée autour du déchargeoir, ni le fouet qui lance la navette entre les fils de chaîne.

L’enroulement de la toile se faisait à la main, à l’aide d’une espèce de roue munie de petits leviers de bois. Au préalable, on soulevait à l’aide d’une corde la « clinque » ou arrêt qui maintenait une roue dentée fixée à l’extrémité de l’ensouple.

Il fallait que le tisserand lançât la navette à la main. Si habile qu’il fut pour lancer et rattraper cette navette, la besogne avançait lentement et était plus pénible que de nos jours.

La toile fabriquée servait à la confection des draps de lit ou des toiles à voile. Elle n’était pas de première finesse : le fil présentait de nombreux défauts qui blessaient parfois les doigts des trameuses, mais avait l’avantage d’être solide. On retrouve encore voir des draps de lit, tissés au début du XIXe siècle,  conservés dans de vieilles familles. La toile métisse était rude au toucher mais a su résister aux lavages et à l’usure.

Quand le tisserand avait terminé sa pièce, il la pliait et la portait au marché d’Airaines et d’Hallencourt où, sous les halles, des marchands la lui achetaient.

A partir de 1830, le tisserand amenait sa pièce à l’un des industriels d’Allery, d’où il revenait avec la chaîne et les trames nécessaires à la confection d’une nouvelle pièce. On entrait dans un nouveau système de production  dit de « la fabrique ».

 

 

Scènes de tissage en cartes postales (vers 1900)

                                                                                                                                        A suivre….

                                                                                                                                                                                                                          

CLASSE DES GARCONS 1961 - 1962

Debouts,  de gauche à droite : M. Galliotti (inst) – Raymond Dumont – Jean Macqueron – Michel Ternois – Francis Berthe – Didier Lenain – Jean-Louis Mullier – Daniel Bailleul – Jean Paul Poiret – Francis Noblesse  Jean-Michel Lejeune – Jean-Paul Nourtier

Rang du milieu de gauche à droite : Jean Sueur – Jean-Paul Nourtier – Bernard Poussin – Jean-Louis Godet – Albert Noblesse – Alain Lenain – Jacques Vandamme – Fréderic Defente – Jean-Marie Nourtier – André Darras

Assis de gauche à droite : Yannick Sevin – Michel Lenain – Jean-Claude Bruyer – Marcel Pesin – Yannick Bonnard – Bernard Ducatel – Roland Denis – Jean-Marc Sannier – Camille Berton – Jean-Marie Martin – Jean-Paul Mullier – Lysian Courtillier

 

PETITES HISTOIRES D’ALLERY.

Avant la poste :

16 mai 1849.  Relevé après un conseil municipal : Salaire du tambour-annonceur : 10 francs.

1er juillet 1855. Us et coutumes.

Les usages et coutumes des localités offrent des traits saillants dont l’étude est toujours intéressante sous tous les points de vue qui peuvent intéresser l’histoire, le commerce, l’industrie. A Allery, le mardi de la fête patronale qui avait lieu il y a huit jours, est spécialement consacré à la réunion des ouvriers tisserands qui, après s’être rendus en corps à la messe chantée en leur intention ; se groupent autour de leurs patrons pour renouveler leur engagement.

L’industrie du tissage se développant considérablement dans ce village il y avait foule cette année, les ouvriers de dix à douze communes s’y étant rendus ; quelques maisons de Paris y sont représentées par une masse de travailleurs ; on nous cite aussi une nouvelle maison qui s’est fondée cette année même, sous la raison  André frères ; les ouvriers on profité de la circonstance du jour pour offrir un bouquet à ces fondateurs et leur famille, et la fête s’est prolongée, très avant dans la nuit, la plus franche cordialité n’ayant cesser de régner parmi cette foule de travailleurs.

17 janvier 1845. Accident

Un accident grave, résultat d’une imprudence coupable, vient d’enlever à une honnête famille, un jeune garçon d’Allery âgé de 7 ans, fils unique. Son père qui traversait le bourg de Oisemont, l’avait laissé seul dans sa voiture, au milieu de la rue, pendant que le cheval, débridé et non attaché mangeait de l’avoine. Le cheval s’effraya tout à coup et partit au galop, l’enfant tomba de sa voiture et l’une des roues lui passa sur le corps, et quand il fut relevé, il était mort (Progrès de la Somme)

11 juin 1858. Ménétrier

Ces jours derniers le ménétrier d’Allery faisant danser la jeunesse sur la place du village, reçut par la méprise ou la générosité d’un danseur, une pièce d’or pour le prix d’un cachet. Cet honnête homme ayant vainement interpellé tous les danseurs a fait savoir qu’il conservait cette pièce pour la rendre à celui qui lui aurait donné par erreur. Cette action mérite d’être signalée (255PER4)

20 juin 1869. M. Courtin, instituteur

L’instituteur M. Courtin a dirigé seul avec zèle et dévouement des cours du soir pour les adultes de 1867 à 1869. Cet instituteur est d’autant plus digne de félicitations que pour le cours du jour qu’il a fait également seul et qui est suivi l’hiver par 90 élèves environ. Ses élèves ont remporté au dernier concours cantonal 4 prix sur 9 et un 1er et 2ème accessit. L’assemblée est donc persuadée que son instituteur obtiendra une nouvelle récompense qui sera le juste prix de son labeur (conseil municipal)

6 octobre 1870. Aide aux soldats.

Le conseil municipal considérant que plusieurs femmes de soldats et gardes nationaux mobilisés de la commune se trouvent, ainsi que leurs enfants, dans une posture de gêne et sont vraiment dignes de considération, décide que des fonds seront distribués jusqu’à concurrence de 120 francs (conseil municipal)

 

LE TERROIR (suite)

 

Section E  dite du Bois de Cambos et du Proye

Cette importante section  s’étend au sud du territoire, en limite des territoires de Vergies et d’Heucourt. Deux grandes étendues de bois d’environ de 17 hectares (bois du Proye) et de 43 hectares (Cambos). Les principaux lieux-dits chantent « bon » la campagne Alléroise. Le grand rideau, Le petit Hure, le grand Hure, la longue haie, les tempêtes (partie du terroir ainsi nommée à cause des eaux abondantes qui s’y engouffrent et ravinent le sol au temps des orages et grandes pluies). On y trouve encore Le Génétoy où poussent de nombreux genêts, La Coignée qui donne son nom à sa forme, l’Anglissière lieu-dit en forme d’angle, Le grand champ, le Fond de Cambos.

On y trouve encore La Paturelle. Dans ce lieu existait autrefois un moulin ou une ferme. On a retrouvé sur le terrain de nombreuses briques et tuiles. Des fouilles ont ramené à la surface une quantité de fragments de briques, de tuiles calcinées, de poteries grises et fines qui attestent l’existence d’habitations et de leur destruction par le feu. Une vierge, très habilement gravée sur os et parfaitement conservée a été retrouvée sur les lieux. La tradition rapporte que ce lieu fut saccagé par Charles le Téméraire (1) qui, à la fin du XVème siècle, vint assiéger Airaines. (Charles le Téméraire à la tête d’une armée importante exerça ses ravages sur le Ponthieu, Oisemont et Airaines en particulier. Malgré leur résistance ils tombèrent entre les mains du vainqueur qui fut sans pitié et fit les fit brûler ainsi que plusieurs villages des environs, peut-être qu’Allery fut lui aussi détruit)

A suivre…

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